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dimanche 8 juin 2014

FEMME : inspiratrice et révélatrice



Jean Letschert est artiste, philosophe et écrivain. Il évoque dans ce passage comment le féminin, « la muse » est pour lui source d’inspiration et comment « l’âme sœur » peut être révélatrice d’une spiritualité où se conjugue si bien Eros et quête intérieure. Un point de vue intéressant pour continuer à enrichir le questionnement de la présence du Féminin en Soi, dans la relation et dans le monde.

«Si tu peux comprendre l’âme d’une femme,
tu connaîtras le monde
et ce qu’il y a derrière le monde».



La vie spirituelle est un perpétuel devenir. Sa trajectoire sinueuse avance indéfiniment vers une spiritualisation de plus en plus intense et vivifiante des formes simples de notre vie quotidienne. 

Le maître spirituel, pour ceux qui en ont connu un dans la chair, doit se transformer en maître intérieur. Cette métamorphose se produit comme un lent «fondu enchaîné» au cours duquel l’apport spirituel du maître extérieur se dissout dans la substantifique moelle de la conscience, apportant la sève nourricière d’où émergera un corps de vérité qui envahira, peu à peu, l’être tout entier. Tel est le vrai travail de la quête. Le maître intérieur est cette présence infaillible qui témoigne de l’authenticité dont nous avons fait nôtre les enseignements du maître extérieur.

Là encore nous pourrons observer à quel point une présence féminine agit souvent comme miroir du maître intérieur, le stimulant et le mettant à l’épreuve, exigeant sans cesse de lui qu’il émerge plus souvent à la surface de nous-mêmes, afin d’étendre ce corps de vérité au-delà des limites existentielles. Devenir un maître intérieur à fleur de peau.

La désacralisation institutionnelle de la vie que nous impose le monde moderne a fait oublier à l’homme qu’il existe des muses, et qu’elles sont bel et bien parmi nous. Si le maître spirituel est un modèle de sagesse, la muse est un modèle de la grâce à laquelle aspire l’âme. Sa fonction consiste à conduire l’âme vers le logos par le canal de l’éros. L’ascétisme pur et dur, souvent dépourvu de poésie et d’esthétique, refoule généralement ce processus cependant naturel, rejetant toute intervention de la muse en tant que catalyse à l’expérience de la béatitude. L’ascétisme peut ainsi devenir une névrose parmi tant d’autres. Une spiritualité qui conduirait à la réconciliation des contraires se doit d’envisager méthodiquement la conjugaison harmonieuse de l’ascétisme et de l’érotisme. La prédominance salutaire du féminin dans mon destin spirituel m’aura sans doute préservé de me retrouver tel un reclus solitaire, vivant loin du monde, des hommes… et des femmes. 

À plusieurs reprises, la muse s’est faite chair dans ma vie, et aujourd’hui elle s’est faite« âme sœur». Depuis quelques années, mon maître intérieur se mesure à la qualité de la présence de cet être aimé, prenant conscience que le baromètre de nos niveaux spirituels se trouve au centre de la spiritualité conjugale. Si nous sommes tous nés d’un couple, il m’apparaît que les exercices spirituels à la fois les plus exaltants et les plus périlleux se vivent au sein de la vie de couple, où tous les masques et les derniers subterfuges de l’ego tombent littéralement. Nous pouvons, pendant des années, apprendre un rôle par cœur sans comprendre le sens qui l’anime, notre vie dite «spirituelle» peut très bien n’être qu’un vulgaire plagiat d’un enseignement sublime. La constante présence de l’âme sœur est l’interlocuteur infaillible qui nous oblige de sortir du rôle pour entrer dans l’actualisation. 

Inspiratrice et révélatrice, mon âme sœur met désormais en forme et en musique les murmures de mon maître intérieur, donnant à son éveil la plus belle raison de ne plus m’assoupir. Ce féminin, au départ insondable et mystérieux, est devenu une réalité au quotidien, dehors comme dedans. A travers elle toute ma spiritualité s’incarne et s’actualise, et tout ce que je croyais avoir intégré, elle parvient à me le faire redécouvrir et réaliser sous des angles nouveaux, plus proches de la simplicité du réel. L’exigence de son amour est le plus purificateur des filtres magiques. Mais, par l’amour qui nous lie, je sais qu’elle désire ardemment que je comprenne la profondeur de son âme, et que la mienne luise comme le jour dans le secret de sa nuit. Par sa liberté d’être femme et sa dignité d’être mère, elle me fait chaque jour reconnaître le monde comme une continuité indissociable de l’Esprit.

Et par sa transparence et sa vérité, au travers de ce qu’elle est, j’aperçois, enfin, ce qu’il y a derrière le monde. 


EXTRAIT / Jean Letschert – Le Couple Intérieur - Editions Albin Michel

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