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dimanche 10 juin 2018

Harmoniser les énergies masculines et féminines



Dans la tradition tibétaine, l’énergie est envisagée selon deux points de vue différents. D’une part, la tradition bouddhiste et d’autre part la tradition pré-bouddhiste. Cette dernière, très ancrée dans la culture tibétaine, est une façon chamaniste de se relier aux énergies, c’est à dire celles de la nature comme les énergies de l’eau, des arbres, des montagnes... Le bouddhisme en parle de façon assez différente ; mais ces deux approches sont utilisées dans la tradition tibétaine.

Dans le bouddhisme, les pratiques liées à l’énergie relèvent principalement de la tradition tantrique. Elles sont d’abord apparues en Inde et s’y sont beaucoup développées. Puis cette tradition a été importée au Tibet au huitième siècle et transmise à des groupes restreints, donc peu connue du public. Aux onzième et douzième siècle, une seconde vague d’importation a donné une grande popularité à ces pratiques tantriques qui ont commencé à devenir publiques et connues de tous.

Dans ces pratiques tantriques, l’énergie est personnifiée sous forme de dieux et de déesses que j’appelle "déités" faute de trouver un terme précis. Bien qu’il s’agisse d’énergies, de principes et non de personnes, elles sont représentées de cette façon. À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit des mêmes dieux et déesses que dans le chamanisme. En fait, bien qu’extérieurement ce soit des formes divines dans les deux cas, l’idée en est très différente. Dans le bouddhisme, ces formes sont des représentations symboliques de l’énergie.





Je vais essayer de l’expliquer autrement.

La plupart des religions et des voies spirituelles utilisent le niveau énergétique alors que notre façon ordinaire de nous relier au monde, à la soit-disant réalité extérieure normale, se fait à un niveau plus matériel. Nous croyons et agissons avec ce que nous pouvons sentir, voir, toucher... mais nous n’allons pas au-delà consciemment. Or les gens ordinaires, dans la vie normale, sont tous en contact avec l’énergie, même s’ils ne le savent pas. Nous n’utilisons donc pas cette faculté. Nous vivons avec la soit-disant réalité que l’on peut voir et entendre. Je l’appelle la "soit-disant" réalité car nous croyons à une réalité, là, à l’extérieur, sans aller au-delà. Alors que les religions et les voies spirituelles essayent de dépasser ce niveau et d’aller vers quelque chose d’autre, c’est ce que nous appelons le niveau énergétique.

Nous souhaitons tous que notre vie normale soit harmonieuse, heureuse et positive et nos actions sont orientées vers ce but. Pour cela nous essayons d’éviter ce que nous n’aimons pas et d’obtenir ce que nous pensons être bon pour nous. Même si nous disons que nous avons quelque chose d’important à faire, un but spécial, une expérience à vivre... quoi que l’on fasse, nous tentons de changer les évènements extérieurs pour attirer ce que nous voulons et repousser ce qui nous est désagréable. Toutes nos actions sont orientées de façon à manipuler la soit-disant réalité que nous croyons extérieure, séparée et indépendante de nous-mêmes. On ne dépasse pas cette croyance et on agit en conséquence. C’est notre façon de vivre.

Le chamanisme croit à l’existence d’un arrière-plan beaucoup plus puissant, au-delà de notre monde normal et essaie de joindre ce niveau. Il est plutôt relié aux esprits de la nature et en cas de problèmes dans la vie courante, il tente d’intervenir avec ces puissances invisibles pour modifier ce problème. L’énergie est un autre type de réalité. La plupart des gens en Occident pratiquent la méditation dans l’espoir d’améliorer les conditions de leur existence. S’ils se tournent vers la méditation ou les pratiques avec l’énergie, c’est aussi en croyant à quelque miracle qui va transformer les situations désagréables et apporter l’harmonie dans leur vie, dans la même optique que ce que nous venons de développer. En fait ils ne savent pas réellement ce qu’est la méditation.

Dans la perspective bouddhiste, la méditation est envisagée de façon tout à fait différente. On sait qu’en faisant telle ou telle pratique, on va se développer intérieurement et se transformer. Il y a certaines causes inhérentes à nous-mêmes dans une situation extérieure que nous n’aimons pas. Ce sont ces causes intérieures qui ont besoin d’être changées, ce qui se fait à travers la méditation. Cela n’a rien de miraculeux, on sait comment intervient ce changement. On procède ainsi d’étape en étape en se développant et en allant vers une transformation. Mais bien souvent, vous vous asseyez pour méditer dans l’espoir de ceci ou cela, ce qui n’est pas une vision bouddhiste des pratiques. Dans le bouddhisme, on va progressivement d’étape en étape comme dans un apprentissage normal où on établit d’abord une base sur laquelle on construit pas à pas en apprenant progressivement de plus en plus. La méditation, qui est aussi un travail avec l’énergie, comprend plusieurs niveaux et beaucoup de méthodes différentes pour l’aborder.

Si on en revient au point de vue religieux, on peut différencier deux façons d’utiliser l’énergie au niveau chamaniste. L’une consiste à se relier à une énergie de la nature et à lui demander d’utiliser son pouvoir, sa force pour modifier en notre faveur une situation désagréable. Nous prions les divers esprits auxquels nous croyons pour qu’ils changent ce problème. L’autre façon consiste à contacter ces mêmes forces naturelles pour qu’elles viennent renforcer notre propre énergie intérieure et c’est nous-mêmes, avec notre propre énergie devenue très puissante qui traitons la situation. Ces deux voies chamanistes diffèrent de la façon ordinaire dont nous traitons habituellement les problèmes avec l’aspect matériel et extérieur des choses. Mais ces méthodes essaient toujours d’intervenir sur les évènements extérieurs de notre vie de façon à obtenir ce que nous désirons et à éviter ce qui nous est désagréable.

Le bouddhisme tantrique a une approche similaire. Il y a des pratiques dans lesquelles on invoque des énergies extérieures ou des déités afin qu’elles utilisent leur pouvoir pour changer notre situation. Et d’autres pratiques où on s’identifie avec la déité pour renforcer notre propre énergie et, ensemble, régler notre problème.

Par contre les types d’énergie manipulée dans le chamanisme et dans le bouddhisme sont très différents.

Dans le chamanisme, il y a cette idée de se relier aux énergies naturelles présentes dans toute la nature mais particulières à certains endroits comme des lacs, des montagnes... et ces énergies sont assimilées à des esprits avec lesquels on peut communiquer ; c’est-à-dire leur parler, ou leur demander d’accomplir quelque chose pour nous et ils nous donnent une réponse, c’est ce que nous entendons par communiquer en tant qu’être humain. On leur fait également des offrandes pour les satisfaire et, en échange, ils nous envoient des signes ou des messages ou certaines de nos conditions auront changé sans que l’on puisse expliquer logiquement comment.

Le deuxième niveau est plutôt réservé aux chamans. Il s’agit d’intégrer, de laisser entrer en soi cette énergie très puissante et de développer ainsi des capacités non accessibles aux humains ordinaires. Ou encore d’atteindre d’autres dimensions comme le monde des esprits par exemple.

Dans le bouddhisme, s’il y a une similarité dans les méthodes, les énergies sont comprises de façon totalement différentes. Il est aussi possible de s’adresser aux déités pour obtenir aide et protection ; et dans une autre voie de s’identifier soi-même à la déité en s’unifiant à l’énergie qu’elle représente. Mais ces déités sont des formes symbolisant l’unité de la vacuité et de la compassion. La vacuité et la compassion ne sont pas l’énergie de l’eau ou des rochers, c’est une autre dimension. On saute à un autre niveau complètement différent.
Il y a ce que j’ai appelé des "déités". Sans aller dans les détails, il y a d’abord une sorte de Bouddha primordial, le plus élevé, qui se manifeste sous la forme de cinq Bouddhas dont chacun d’eux donne naissance à son tour à des centaines et des centaines de déités différentes. Ces nombreuses déités sont toutes des émanations de ces cinq Bouddhas, eux-mêmes émanations du Bouddha primordial, représenté de couleur bleue.

Les cinq Bouddhas sont reliés principalement à nos énergies mentales. L’un est relié à l’aspect énergétique de la haine, un autre à celui du désir, un autre à celui de l’envie et de la jalousie... Il ne s’agit pas dans ce cas-là de la haine ordinaire, mais de la transcendance de la haine, de la haine transformée en une forme de sagesse. Donc, chacun des Bouddhas représente la transcendance d’une forme particulière d’émotion sous forme de sagesse.

Les cinq Bouddhas ne sont pas seulement reliés à nos énergies mentales mais aussi à celles de l’univers c’est à dire aux différents éléments comme la terre, l’eau, le feu... également sous leur aspect transformé ; non pas les énergies de la nature telles que nous les connaissons sous leur forme grossière mais ces énergies transcendées. Le chamanisme utilise ces énergies à leur niveau le plus naturel, le plus manifeste, alors que le bouddhisme va travailler sur la transcendance, sur l’aspect transformé de ces énergies, c’est à dire au-delà de la dualité, au niveau de l’union de la vacuité et de la compassion.

D’un point de vue pratique, il existe beaucoup de méthodes pour atteindre cette unité de l’énergie. Bien sûr il ne faut pas penser y arriver, comme cela, rapidement. Mais on peut faire des pratiques et s’en approcher progressivement.

Nous possédons en nous un certain type d’énergie que j’appelle "l’énergie corps/esprit", terminologie particulière que j’emploie mais que vous ne trouverez pas dans les écrits bouddhistes. Elle n’est ni tout à fait physique, ni tout à fait mentale mais relie ces deux niveaux. L’énergie corps/esprit se manifeste de deux façons : l’une, très subtile, c’est l’énergie des chakras, utilisée dans les pratiques tantriques, qui permet d’aller au-delà de la dualité, vers l’unité ; et l’autre, plus grossière. Nous allons travailler ici ce niveau moins subtil en essayant d’unifier en nous les énergies féminines et les énergies masculines.

[...]

Comment l’énergie se manifeste-t-elle en nous-mêmes ? D’une façon plus extérieure à travers les pensées et le conceptuel, ou plus intérieure par le ressenti et l’intuition. Elle est d’un côté plus active, de l’autre, plus paisible. Le bouddhisme tantrique n’emploie pas les termes énergies masculine et féminine mais parle d’énergie "père" et "mère", ce qui désigne plutôt le niveau de l’énergie des chakras. C’est similaire, néanmoins ils expriment quelque chose de différent. Les mots père et mère sous entendent l’arrivée d’une troisième personne : l’enfant. Sans enfant, il n’y a pas de père, ni de mère. Le but final de la pratique de l’énergie père-mère est une troisième énergie, alors que les termes masculin et féminin n’ont pas cette idée sous jacente (un peu comme homme-femme en regard de père-mère). Quand je fais les enseignements sur l’énergie, je parle de masculin et de féminin mais leurs qualificatifs d’activité et de passivité se retrouvent dans le bouddhisme et la tradition tibétaine.

La tradition chamanique se sert de déités ou des esprits de la nature pour se relier à l’énergie. Ils sont divisés en deux catégories : les uns plus féminins, les autres plus masculins, mais on ne parle pas de père ou de mère. Les esprits de la terre ou de l’eau sont féminins, ceux au-dessus de la terre, de l’air, de l’espace, sont masculins. Dans la tradition tantrique, c’est l’aspect maternel dont parlent les textes concernant les déités féminines comme Tara ou Prajnaparamita.

Elles représentent la Sagesse fondamentale d’où naquirent tous les bouddhas. Elles sont décrites comme des déités féminines, mais symbolisent, en fait, le côté maternel de l’énergie.

Quoi qu’il en soit de ces questions de terminologie, le fait est que nous possédons tous ces deux types d’énergie. Il y a un type d’énergie plus tourné vers l’intérieur, vers les sensations, plus calme ; un autre type d’énergie tourné vers l’extérieur, le conceptuel, le mouvement, plus actif. Quoi que nous fassions dans la vie courante, nous avons besoin de ces deux énergies et il est important qu’elles fonctionnent ensemble, de façon équilibrée, en se soutenant l’une l’autre. Si elles s’opposent, on a des problèmes. Quand je dis équilibré, ce n’est pas une égalisation mathématique, cinquante-cinquante entre les deux formes d’énergie. Tout dépend de la situation. Il y a des moments où nous avons plus besoin d’énergie masculine plus extérieure, plus active ; l’énergie féminine est encore présente, elle ne s’oppose pas à la première mais la soutient. L’expérience sera donc plus harmonieuse. Pour une action plus extérieure, il y aura des problèmes si l’énergie féminine prédomine. Et si les deux énergies sont à égalité, rien ne va fonctionner. Mais équilibre ne veut pas dire la même quantité dans toute situation ; suivant ce que nous faisons nous avons besoin des deux types d’énergie et elles doivent se soutenir l’une l’autre.

En fonction du contexte culturel, l’énergie va se manifester de différentes façons. Dans une civilisation trés rationnelle, le type d’énergie qui va vers l’extérieur est privilégié, alors que le type d’énergie allant vers l’intérieur ne fonctionne pas tellement bien et pose plus de difficuItés. Lorsque notre niveau énergétique est sain, c’est-à-dire qu’il y a équilibre entre énergie féminine et énergie masculine, celle dont on a besoin va s’activer d’elle-même en fonction des circonstances et de la situation. Bien sûr, chacun de nous a une spécificité énergétique : certains sont plus naturellement portés par leur énergie masculine, d’autres le contraire. Dans une société rationnelle comme celle-ci où l’énergie masculine est soutenue par la culture, trés conceptuelle et tournée vers l’extérieur, les personnes dont l’énergie féminine est dominante vont avoir des problèmes. L’attitude mentale, l’énergie, tous les aspects de la société s’orientent vers l’extérieur, vers l’action, vers le rationnel et, de ce fait détruisent l’autre face de l’énergie. Il y a donc déséquilibre.

Dans une société plus traditionnelle, la culture elle-même favorise l’équilibre des deux types d’énergie qui ne s’opposent pas l’une l’autre. Comme je le disais précédemment : dans ces cultures, si la situation demande plus d’énergie masculine, ou une énergie féminine plus forte, elles s’activent par elles-mêmes, de façon naturelle selon les besoins, sans effort de votre part. Tandis que si la culture ne soutient pas ou manque d’un type d’énergie, cela ne fonctionne pas bien.


Ici, en Occident, nous avons besoin de nous relier à l’énergie située dans la région du nombril qui nous ramènera vers l’intérieur et plus de sensations (feeling). Je pense que c’est ce dont les gens ont le plus besoin dans cette culture rationnelle et conceptuelle pour rééquilibrer les choses. Il en va différemment dans une société plus traditionnelle. Les gens n’ont pas réellement besoin de travailler dans ce sens car ils le font normalement, étant restés plus proches de l’état naturel. Ils travailleraient avec l’énergie d’une autre façon. Mais dans le cadre de la société dans laquelle nous vivons, il me semble que la première nécessité est d’utiliser le type d’énergie allant vers l’intérieur, que l’on peut contacter au niveau du nombril, pour nous relier à nous-mêmes, aux autres, aux situations.

On peut contacter l’énergie en se concentrant sur différents points du corps : au niveau du nombril, de la tête ou du coeur. Ou bien on peut s’aider de déités. Les déités féminines les plus courantes dans le bouddhisme sont Tara, Prajnaparamita ou Vajrayogini. D’autres seront un support pour le côté masculin. Ou bien encore, dans une optique chamaniste, on se reliera à des esprits de la nature plutôt féminins : ceux de la terre ou de l’eau. Cela dépend des personnes mais cette troisième possibilité peut amener des complications. C’est assez difficile de se relier aux esprits sans être soi-même bien équilibré et solide. La méthode bouddhiste et sa façon d’utiliser les déités est préférable.

L’énergie ne se contacte pas uniquement au niveau mental mais aussi par le ressenti. C’est ce que j’appelle l’énergie "corps/esprit". Par exemple, quand on se place au niveau de la tête, on contacte une énergie plus active, qui se dirige vers l’extérieur ; alors que celle correspondant à la zone de l’estomac et du nombril est plus intérieure, plus paisible et en rapport avec les sensations.

[...]

Extraits d’une conférence de Tarab Tulku donnée à Paris en mars 1998

FEMME …. "QUI SUIS-JE"



Rêve de femmes, femmes d’âge mûr, femmes de toute éternité, femmes-enfants, femmes qui explorent les profondeurs, femmes qui se redressent et sont alignées dans leur verticalité, équilibre pourraient être les mots-clés du thème abordé ce jour.


La femme d’âge mûr nous interroge sur l’âge justement. Tout est nommé aujourd’hui par rapport ?


un instant, figé, exploré ou non, transcendé ou non. De quel temps parlons-nous ? De quelles femmes parlons-nous ? Existe-t-il des femmes d’âges mûrs ? Quelle représentation en avons-nous ?

Nous pourrions parler de la femme dans toute sa splendeur. Celle qui rayonne et s’est émancipée de ses blessures pourrait être cette femme d’âge mûr. Elle a passé certains caps, s’est offert de vivre sa propre réalité, en contactant sa douceur pour devenir éternelle. Les rides sont signes de sa bienveillance, de la souplesse de sa peau, de sa tendresse. Ses cheveux grisonnants lui signifient un nouveau temps. Son corps en pleine mutation lui offre une nouvelle forme de contact avec elle-même.



La femme connaît déjà les mutations intérieures chaque mois, chaque cycle. Elle respire profondément dans sa sagesse qui devient sa source. Son âme est son amie, son amoureuse infinie et les limites de l’ego n’ont plus d’influence sur elle.

C’est ainsi que nous aimerions être : pure sagesse et profondeur, atteindre quelque chose ? un âge dit « mûr » ou en faire notre quête. Or rien n’est ? atteindre.

Plus nous essayons d’atteindre quelque chose, plus la vie nous montre par une étincelle, un firmament plus grand, comme si tout est expansion et intensité. Nous nous y frayons un chemin, nonchalamment.

Ce que nous aimerions en vérité, c’est respirer. La vie nous mène ? travers des épreuves ? vivre des moments difficiles, ? être malmenées par un rythme trop dense et le corps nous appelle ? nous concentrer sur l’essentiel, sur lui, et nous interpelle avec certaines maladies.


Nous aimerions être alignées, ne pas nous laisser atteindre et vivre notre rêve de femmes, ce rêve d’immensité et retrouver notre pouvoir, qui n’est autre que cette sagesse infinie, pure tendresse et pure alchimie.

Sortir de l’enfance pour être cette femme accomplie et au plus profond sereine, malgré les tourbillons, n’est pas évident.


Peut-être que cette femme existe ? Peut-être qu’elle est l? en nous et arrive de temps en temps ? ouvrir de nouvelles portes et ? se faufiler dans des territoires paradisiaques, pour découvrir qui elle est en réalité, dans sa majesté ? Peut-être est-elle simplement une enfant, avec sa bonté naturelle, dans ce corps qui a réussi ? se déployer, se réaliser ?

Et si la femme d’âge mûr était effectivement simplement cette force de la nature, celle de l’enfant qui, quelle que soit son apparence, ses rides, ses cicatrices, a une telle soif de vivre qu’elle est en fait une déesse, pleine de charme et de délicatesse ? Sa vitalité viendrait de son enfant intérieur qu’elle aurait cajolé, tel est son véritable secret. Une femme qui, au fur et ? mesure de ses âges, n’a pas flétri, ne s’est pas laissée enfermer, est restée ouverte ? la vie, même si elle n’est pas arrivée ? tout transcender, même si les émotions sont encore présentes et l’emprisonnent, voire l’empoisonnent parfois.

Et si la femme d’âge mûr était simplement remplie de tolérance ? Pourrait-elle être simplement cette imperfection, parfaitement accomplie et assumée ? Une femme qui chercherait ? ne rien atteindre, mais simplement être et se dépasser, est cette femme d’âge mûr, intègre face ? elle, face ? cet absolu de vie. Plus elle avance, plus elle se rend compte combien la souplesse est essentielle en tout. Un corps ou un esprit rigide se heurte aux murs, aux accidents, se blesse, se calcifie. La vie est un énorme souffle qui s’amène de tous les côtés et ne laisse rien au hasard, aucun recoin où il y aurait un tantinet d’enfermement, venant nous bousculer souvent, fort heureusement, pour nous sortir de nos carcans.



Nous connaissons bien la dureté des adolescents, envers leurs parents et cette arrogance qui les amène ? croire qu’ils ont tout compris et vont tout réussir ou faire mieux que leurs aïeuls et aînés. La femme d’âge mûr sait qu’elle n’a rien compris justement, malgré ses tentatives de faire pour le mieux, et que l’humilité est la seule valeur qui soit réelle et vitale pour faire face ? ce qu’elle estime être des manquements et cette qualité rend tout être sublime.


Cette adolescente, une fois adulte, a-t-elle lâché la dureté de cette période et choisi le chemin de la liberté ? La dureté du regard sur elle l’empêche de profiter pleinement et la blesse profondément, se surajoutant ? la dureté de la vie. Ce qui nous semble dureté d’ailleurs, serait-il le reflet de notre propre engouement ? vouloir tout maîtriser et créer un univers figé que la vie vient provoquer, en faisant sauter les verrous un ? un, ou une réponse ? un passage initiatique et une forme d’exigence que nous nous offrons, révélant une qualité de conscience ?


 L’exigence en y ajoutant quelques graines de conscience, de fantaisie, devient pure création, magnifique et solaire, pour nous accompagner vers le dépassement.

Cette femme se rappelle la petite fille qu’elle était et qui est souvent toujours l? , présente. Le passage ? la vie adulte, pleine et assumée, est vraiment très délicat et souvent un exploit. Son innocence a été difficile ? préserver. Elle sait aussi tout le chemin que cela demande pour se libérer et est en compassion avec elle-même et la terre entière.


Tous ces ingrédients interrogent sur la représentation que nous nous faisons de la femme d’âge mûr et de la différence entre ce que nous souhaiterions et l? où nous en sommes. Et si l’une des grandes vertus de cet âge et de la femme était simplement d’apprécier le bonheur de quelques surprises chaque jour, de moments de respiration et la capacité ? aller ? l’essentiel, sans se laisser brimer ni par elle-même ni par autrui ? Nous serions sûrement plus proches de ce quotidien au féminin.

SOURCE : Carole Aliya
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