Nombre total de pages vues

jeudi 12 octobre 2017

Le jour où les hommes s’aperçurent qu’ils n’étaient pas étrangers à la procréation



La naissance des cités et l’organisation militaire de la société leur firent prendre conscience de leur propre pouvoir créateur et de leur force. Il fallut des rois pour diriger tout cela. (De droit divin). Il leur fallut alors des dieux dominateurs à leur image…Pour justifier leur prise de pouvoir. Des dieux qu’il fallait craindre !

Les femmes devinrent garantes de la procréation de nombreux guerriers ; dispensatrices d’un indispensable plaisir, elles devinrent au sein de certaines civilisations, un bien précieux, une marchandise, une servante.




Apparition du Dieu Mâle :
Tout s’est joué en Mésopotamie il y a 6000 ans ; c’est là que cette dramatique mutation culturelle semble avoir pris naissance : Le dieu Mardouk en vient à tuer sa mère Tiamat (un serpent gigantesque…) et s’empare du pouvoir et du sacré qu’elle détenait jusqu’alors. Issue des traditions sumériennes, la Genèse biblique demande à l’homme de dominer et d’exploiter la Nature ; donc ses forces vives, donc la femme elle-même. D’autre part le serpent y sera présenté comme l’ennemi, le corrupteur ; il y est associé à la femme : d’abord Lilith puis Eve.

La Grande Déesse solaire devient lunaire, un pâle reflet d’elle-même. Elle est alors associée au dieu, son amant ou –et- son fils, auquel elle transmet son pouvoirs solaire. La Déesse des origines devient la Mère de Dieu, ou sa parèdre. Son faire valoir…Reléguée sous le masque de la lune par l’homme, la déesse des origines devint alors le miroir dans lequel il se cherche toujours, désespérément. C’est ainsi que la Déesse a perdu son trône.

Le Féminin sacré, expression même de l’inconnu, du mystère de la Nature indomptée, et détentrice des secrets de la Vie, sera bafouée pendant les millénaires qui suivront par les dieux mâles … et les femmes par les hommes.

Domination du sacré viril :
L’homme s’est donc crée des dieux à son image, capables de justifier sa prise de pouvoir sur l’univers féminin. Incontrôlable était la Nature, incontrôlables étaient par là même les femmes. En prenant le contrôle de la société organisée, aux yeux du nouveau pouvoir mâle, la Nature devenait l’élément chaotique, hostile, qu’il fallait tenir à distance ou apprendre à dominer ; elle en devint par la suite, au sein des religions judéo chrétiennes, la porte des enfers. Il en fut de même pour la féminité qui, ayant perdu sa couronne sacrée, n’était plus qu’un cortège de provocations, fauteuses de troubles et de désordre social, incarnant les énergies libres, la magie et les pouvoirs occultes qui échappaient encore au contrôle des mâles.

Les antiques déesses sont chassées du panthéon judéo-chrétien alors que le Yaweh primitif avait une parèdre, tout comme le Allah préislamique. Le monde Judéo chrétien se méfie de la nature libre, celle-ci incarnera dans le christianisme le mal, la  perdition le chaos, l’antique paganisme auquel on associera le Satan aux pieds de bouc. Les déesses seront alors occultées, leurs prêtresses combattues, persécutées, brûlées (chasse aux « sorcières »)

La féminité et les femmes seront associées aux oeuvres du diable. Lilith, la première femme d’Adam et réminiscence de la déesse mère, sera associée à l’aspect négatif du serpent. Diabolisée par le pouvoir mâle, elle représente, aux temps bibliques, le matriarcat révolu, la féminité libre et dominante par trop dangereuse pour le pouvoir des hommes.

Rejetée par Adam, chassée du Paradis, Yaweh interdit à l’infortunée Lilith le monde céleste et la relègue dans les abîmes sous-marins de l’inconscient collectif ; où elle sera la compagne de Lucifer ou de Samaël. Ce mythe, associé à la « faute » d’Eve qui suivra, va contribuer à dévaloriser la féminité en lui ôtant tout caractère sacré. Il va justifier la domination et le contrôle rigoureux de l’homme sur la femme dans les 3 religions du Livre. Elle en perdra même son âme …

C’est ainsi que la première femme solaire devint la première démone active et dangereuse sous la pâleur de la lune. Telle Kali, Lilith était noire et elle est associée à la lune noire en astrologie.




LA DEESSE MERE CELTIQUE ET L’EGLISE
Chez les anciens celtes le monde fut crée par la Mère des dieux et des hommes : Dana, ou Anna. Elle incarnait la fertilité, le pouvoir et l’opulence de la Nature. Elle était aussi le Terre Mère nourricière en tant qu’être vivant. Tout comme Gaïa en Grèce ou Lakshmi en Inde.

Dana s’est démultipliée en une quinzaine de divinités féminines : Telles Birgit, Morgane, Epona, Rihannon etc. dont la plus part sont toujours présentes dans les légendes et les rites d’Irlande et de Bretagne. La position dominante de la déesse offrait aux femmes une place élevée et respectée dans la société celtique ; (voir : « la femme celte » de Jean Markale) elles avaient accès à la prêtrise et dirigeaient les rituels de fécondité.

L’Eglise et ses missionnaires ont eu fort à faire avec la grande déesse celte et ses représentantes, prêtresses et magiciennes, et le combat n’est toujours pas gagné. La lutte fut âpre, les bûchers ne suffisant pas à éradiquer l’ancien culte, il fallut user de la ruse.

C’est ainsi qu’Anna devint la mère de la Vierge, sainte Anne, particulièrement vénérée en Bretagne. Et Birgit enfila la robe de sainte Brigitte tout en conservant ses prérogatives sur la fécondité et les naissances.

Les lieux de cultes antiques furent récupérés par l’Eglise : nombre de chapelles et de cathédrales furent bâties sur d’anciens sanctuaires de la déesse, où l’on trouve encore vierges noires, fontaines miraculeuses ou menhirs. (St Anne la Palud, Locronan, Chartres, etc.) La Grande Déesse est donc toujours présente en terre celtique, cachée sous des habits et des rituels chrétiens.

Source : LE FEMININ SACRE ET LA QUETE DE L’UNITE PERDUE de Jean Bernard Cabanes



Aux origines de l’histoire de l’humanité le sacré était féminin



Les chasseurs-cueilleurs ont associé les rythmes de la nature, l’abondance de ses dons nourriciers, la magie de la naissance et de la vie, avec la femme et son pouvoir de procréation auquel ils se sentaient étranger.

La perception intuitive de ces hommes immergés dans la nature et soumis à ses cycles leur avait fait prendre conscience des faisceaux d’énergie qui sous-tendent le vivant et animent le monde naturel. La Terre elle-même leur apparaissait comme un être vivant qui les abritait, les nourrissait et déterminait leur vie et leur mort. Elle était parcourue d’ondes de vie, parfois terribles, elle avait tout pouvoir sur eux, un pouvoir qui dépassait leur compréhension.

L’ivresse de vivre des premiers hommes dans leur fusion perpétuelle avec les rythmes de la nature leur rappelait sans doute l’extase vécue dans l’accouplement avec leurs compagnes. Et de plus, elles donnaient la vie, tout comme la Terre elle-même. Ils n’avaient alors aucune conscience de leur rôle procréateur, ils accordaient alors toute la magie de la naissance aux seules femmes.

C’est sans doute ainsi que la fascination et le mystère de la vie prirent dans la conscience des enfants de la Terre une forme féminine : Le sens du sacré fut paré des formes et des attributs de la femme, car Nature et Femme appartenaient au même monde magique des ondes et des forces de Vie, un monde qui échappait à la compréhension de l’homme mâle.

Le mythe de la création apparut alors et donna un ancêtre unique à l’ensemble de l’humanité et au monde : La Grande Mère Cosmique. L’apparition de la Grande Déesse dans la conscience magique est l’élément fondateur de toute religion, avec ses rituels chamaniques et magiques.



L’EMPIRE DE LA DEESSE-MERE
Dès le paléolithique, on voit apparaître des représentations stylisées, sous la forme de statuettes d’argile ou d’ivoire, de la femme dans toute sa splendeur féconde ; elles témoignent d’un culte naissant de la fécondité incarnée par la femme. En ces temps anciens la société était régie par les femmes, les chasseurs étaient soumis à un régime matriarcal.

Le Féminin sacré des origines était solaire, source de vie la grande Déesse était associé à l’astre car les hommes avait perçu sa nature ignée : l’énergie de vie qu’ils portaient en eux était feu, (nous retrouverons cette symbolique dans les enseignements ésotériques de l’Inde) elle était issue du soleil lui-même.

Dans les langues celtiques et en allemand, le Soleil est féminin, la Lune masculin. A Babylone le dieu Sin était lunaire, tout comme Osiris en Egypte (c’est Isis qui arborait alors l’emblème solaire sur sa coiffe), tout comme Shiva, le plus antique dieu de l’Inde (qui porte un croissant de lune sur son chignon).

La Grande Déesse était aussi associée à l’arbre de vie car elle présidait à l’abondance de la Nature, à la procréation et aux plaisirs qui y sont associés. Mais, associée aux courants et aux forces telluriques, elle prit alors les formes symboliques du serpent chtonien et du dragon, alors considérés comme des entités positives associées à la Vie elle-même. La femme était alors considérée comme l’incarnation dans la matière de la grande déesse, elle représentait le pouvoir créateur de la déesse mère et elle était l’instrument de son pouvoir dans le monde.

Elle seule pouvait communiquer avec l’invisible, le sacré. Aussi la femme antique était-elle chamane, guérisseuse, magicienne et prêtresse.

Cette époque révolue fut celle du triomphe de la femme ; incarnation du sacré, elle dominait la société humaine et présidait à la naissance de la conscience religieuse. Elle était le seul lien entre les mâles et l’invisible qu’ils pressentaient avec respect et crainte.

Source : LE FEMININ SACRE ET LA QUETE DE L’UNITE PERDUE de Jean Bernard Cabanes


vendredi 6 octobre 2017

LE RETOUR DU FEMININ SACRE EN OCCIDENT



La Grande Déesse et le caractère sacré de la féminité n’ont jamais disparus : sa survie souterraine, nous l’avons vu, malgré les persécutions et l’obscurantisme de l’Eglise, lui permets depuis quelques décennies de réapparaître au grand jour sous des formes inattendues et variées :

Réhabilitation de la Grande Déesse Mère, au moyen âge, sous la forme de la Vierge Marie, mère de Dieu, la Bonne Mère, debout sur le monde ; figure divine et cosmique, mais encore associée à la Lune.

Un nouveau regard sur la Nature et une prise de conscience que la Terre est un être vivant : le retour de Gaïa.



Développement des mouvements écologistes.

Résurgence des antiques prêtresses : mouvement Wicca ; celtiques, chamaniques, et retour d’un néo paganisme dans la jeunesse actuelle accordant à la Nature l’incarnation de l’énergie divine ; néo panthéisme. Un nouveau regard porté sur le personnage de Marie de Magdala (dont les Evangiles n’ont jamais dit qu’elle était une prostituée…) Ce, à partir de l’Evangile gnostique « de Marie » où elle est présentée comme la disciple favorite de Jésus : celle qui en reçoit les enseignements les plus secrets ; au grand dame des disciples mâles qui s’insurgent . Marie de Magdala aurait-elle été la compagne ou l’épouse du célèbre rabbi ?

Évincée ensuite par une Eglise misogyne engluée dans la peur de la féminité.

Le retour en grâce du Dragon :

Il devient l’ami, l’allié, celui avec lequel on doit composer et non plus combattre, la monture du héros (dans la littérature d’heroïc fantazy) L’apparition, dans le cinéma et la littérature, des héroïnes en quête d’absolu : Des femmes exprimant librement leur énergie et leurs désirs d’accomplissement : des héroïnes solaires et combattantes.

LE RETOUR DU FEMININ SACRE SERAIT IL
LA CLEF DE NOTRE EVEIL INTERIEUR ?

Par :
Le mariage alchimique des forces opposées qui nous constituent.
La rencontre du féminin sacré en soi.
La réconciliation avec les forces de vies, le corps, le plaisir, la Nature.
L’acceptation pour l’homme de sa part féminine sans laquelle aucun dialogue ne saurait être possible avec la femme (et inversement pour la femme)
Accomplir la mutation permettant la naissance de l’homme lunaire conscient de la présence du féminin sacré en lui-même, et des forces de vie de nature féminine qui l’animent.

Permettre à la femme lunaire, asservie et réduite à sa nature femelle primaire par des millénaires de pouvoir viril, de retrouver sa nature solaire, celle de la déesse des origines.

Mais qu’en est-il de la quête de la femme ? Chercherait-elle son « masculin Sacré » ? Il semblerait que non…

Extrait du livre :  LE FEMININ SACRE ET LA QUETE DE L’UNITE PERDUE  Par Jean Bernard Cabanes



La Femme émancipée


Il convient de rappeler que les études féministes ont eu un rôle essentiel dans l’essor d’une sociologie du genre. Afin de recadrer le sujet dans une problématique globale, il est intéressant de noter les antécédents historiques de la construction sociologique du genre.

Traditionnellement l’homme est considéré comme supérieur, on peut y apporter des explications diverses à commencer par des facteurs génétiques et biologiques qui voudraient que la femme soit le « négatif » de l’homme. Autrement dit la féminité du point de vie biologique serait construite sur un manque, à commencer par celui du chromosome Y.

Du point de vue physiologique aussi le sexe féminin est un sexe « par défaut », il faut l’apport des hormones masculines pour que les organes masculins se développent, « à défaut » de quoi, l’individu sera féminin. Au départ donc, avant que n’émergent les questions de genre (autrement dit de sexe social), la femme est intrinsèquement inférieure car non déterminée.




Les études sur ce genre coïncident avec l’apparition de revendications féminines en France dans les années 1880. Ce mouvement revendicatif se poursuit jusqu’à son apogée dans les années 1960/1970, époque marquée entre autre d’un livre de référence Le deuxième sexe  de Simone De Beauvoir. Dans ce livre l’auteur insiste sur un concept qui commence déjà à connaître un certain retentissement, celui du genre, c'est-à-dire de la construction sociale du sexe. Selon De Beauvoir « on ne naît pas femme on le devient », le livre rompt avec la tradition de déterminisme biologique, anthropologique, psychique… Il aura donc fallu une série d’étapes de confrontation et de lutte féministe pour qu’on s’intéresse aux rapports de genre. Les « gender-studies » sont une discipline qui connaît un essor important dans les pays anglo-saxons où peut à peu les études sur le genre vont s’autonomiser du simple rapport conflictuel de confrontation pour en étudier l’essence même.

Au sein de la famille, la mère continue à prendre en charge la grande majorité des activités de soins des enfants et des tâches domestiques. En dépit d’une autonomie des femmes croissante, c’est là l’un des domaines où la place de la femme a le moins évolué.

Malgré l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail, elles restent celles qui ont en priorité la charge des enfants, le « temps parental » représente environ 21 h 10 pour une femme active à temps plein contre 12 h 40 pour un homme actif par semaine. Il est aujourd’hui largement reconnu qu’absolument rien de biologique ou de naturel n’assignerait la femme à prendre soin des enfants et de son foyer, la démonstration est particulièrement édifiante dans l’ouvrage d’ Elizabeth Badinter, L’amour en plus . Aucune base sociologique solide ne peut ainsi défendre l’idée selon laquelle si la mère prend en charge l’essentiel de l’éducation des enfants c’est parce qu’elle y est poussée par un lien biologique autrement dit « un instinct ».

En revanche la domination au sein du couple est bel et bien présente, en particulier parce que la plupart du temps, et c’est particulièrement le cas dans Femmes au bord de la crise de nerfs, la femme attend plus de l’homme que celui-ci n’attend d’elle.

Le couple « moderne » peut se définir comme un modèle de couple issu des années 1970, dans ce modèle de couple les partenaires sont « deux sans se confondre », l’union doit être source d’épanouissement personnel pour les deux parties, le couple n’est donc plus la confusion de deux destins mais c’est bel et bien le couple qui doit être au service du bonheur de l’individu et pas l’inverse. Ce nouveau couple est plus égalitaire et à l’avantage des femmes, elles considèrent à présent qu’elles ont le droit de s’épanouir personnellement à travers le couple et d’exister pour elles-mêmes.  L’amour est donc le ciment du couple «moderne », si celui-ci n’est plus au rendez-vous les partenaires ont d’autant moins de scrupules à se séparer que le lien conjugal s’est « privatisé », c'est-à-dire est moins soumis au jugement de la société.30Ce nouveau type de lien basé sur l’amour et plus ou moins émancipé des contraintes sociales mène à une hypertrophie des attentes du lien conjugal.

Ainsi les femmes attendent de plus en plus du couple qui est synonyme d’épanouissement, néanmoins les rapports hommes/femmes restent imprégnés d’une domination découlant entres autres d’une répartition des tâches inégalitaires. Les femmes se retrouvent ainsi déçues et frustrées quand leur couple n’est pas à la hauteur de leurs espérances. On observe dans les films que, s’agissant d’un couple « traditionnel » ou d’un couple « moderne », l’homme est toujours en position de dominant et la femme toujours en attente de plus d’attention.

On peut définir le couple « traditionnel », par une forte sexualisation des rôles, et une forte clôture vis-à-vis de l’extérieur, à l’inverse le couple dit « moderne » serait plus égalitaire et plus tourné vers l’extérieur.

La question de l’apparence que prend la féminité fait l’objet d’un grand consensus au sein de la société et l’idée de « féminité » est d’emblée associée à certains éléments censés être caractéristiques de l’apparence féminine. La littérature et le cinéma ont d’ailleurs beaucoup contribué à la définition de cet « éternel féminin », en mettant en scène les clichés féminins de l’élégance dans ses personnages. Les films de Pedro Almodóvar ne font pas exception à la règle. On peut remarquer que les héroïnes de ses oeuvres ont pour la plupart une apparence soignée et sophistiquée qu’on a pour habitude de qualifier, très à propos, de « féminine ».

Ainsi dans leurs rapports sociaux, alors que pour les hommes le cosmétique et les  vêtements tendent à effacer le corps au profit d’une position sociale, pour les femmes ces attributs tendent à en faire un langage de séduction déterminant. Autrement dit, dans les relations sociales l’apparence physique de la femme est primordiale alors que celle de l’homme est indissociable d’une certaine position sociale. La femme est donc, indépendamment de son statut social avant tout une femme et donc un corps et un physique  féminin. Ce constat débouche sur le fait qu’il est d’autant plus nécessaire pour une femme de soigner son apparence puisqu’en tant que bien symbolique avant tout, elle est ce qui la définit en premier lieu. Selon le sociologue l’attention que les femmes portent à leur apparence n’est donc pas seulement imputable au « complexe mode-beauté » mais surtout à cette relation fondamentale qui l’institue comme « être perçu ». Ainsi pour les femmes, le regard d’autrui n’est pas un mal nécessaire mais un besoin puisqu’il est constitutif de son être.

Cette relation avec le regard de la société reste inchangée même si en apparence, la femme est aujourd’hui plus libérée et a le choix de l’usage de son corps. Selon Bourdieu, l’exhibition contrôlée dont font preuve les femmes, laisse leur corps « très évidemment subordonné au point de vue masculin ». Le sociologue J.C Kaufmann, a, par ailleurs, étudié le sujet à travers un phénomène du quotidien, les seins nus sur la plage. Celui-ci, se basant entre autres sur les travaux de Norbert Elias, souligne que le dénuement de la femme au fil des siècles, loin d’avoir provoqué une libération a surtout contribué d’une part à une banalisation du corps féminin, plus précisément à une neutralisation de la vision érotique systématique sur le corps, d’autre part à une montée des autocontraintes. Ce phénomène relève du « processus de civilisation », qui a contribué à l’évolution de la perception du corps féminin. En ce qui concerne l’ « hexis corporel » en particulier, l’évolution est passée du corset physiquement contraignant, à des normes de tenues plus discrètes imposées socialement.

Un aspect intéressant du livre de Kaufmann est qu’il introduit une notion absolument essentielle, la beauté. La beauté est devenue selon lui si sacrée qu’aujourd’hui tout est permis en son nom. Il remarque d’ailleurs que les femmes sur la plage ayant de « beaux » seins sont nettement moins soumises à réprobation que les autres. C’est là le troisième aspect qu’il prend en considération dans le corps féminin.

Il distingue dans son ouvrage trois corps de la femme. Le premier est celui que nous avons évoqué celui de la banalité, l’exposition croissante du corps le rend paradoxalement moins visible. Le second est le corps sexuel de la femme, qui fait naître chez les hommes un regard érotique (qu’ils ont d’ailleurs parfois du mal à assumer sur la plage). Le dernier est le corps « beauté », la beauté est alors comprise comme pure esthétique, presque comme un attribut artistique, dénué de toute connotation sexuelle. La beauté est l’absolu que les femmes doivent viser en prenant soin de leur apparence, néanmoins le sociologue révèle également une brèche dans cet idéal : les critères de beauté sont tout à fait arbitraires. Le désir masculin dans la société moderne trouve par exemple belle une femme mince et élancée ou bien est séduit par un maquillage soigné car ces attributs sont dits être « beaux ».



Néanmoins, les tableaux de maitres illustrant des femmes corpulentes à demi nues ne sont-ils pas censés être eux aussi de beaux tableaux ? Les courbes d’une femme mince ou d’une femme enrobée ne sont pas objectivement plus belles l’une que l’autre du point de vue artistique, il s’agit donc bien d’un construit social de la beauté de la femme. La beauté n’est donc pas une donnée objective mais repose sur un certain nombre d’apparats et d’accessoires censés manifester la beauté. Nous allons voir que sur cet aspect Pedro Almodóvar rentre complètement dans le jeu des apparats de la féminité, les mettant très souvent en valeur.

La beauté féminine n’est en réalité qu’une série de normes pré-établies et intériorisées par les femmes. Même si au départ elles ne contribuent que très peu à la définition de la féminité puisque « l’usage du corps féminin restant bien évidemment soumis au jugement masculin ». Le physique féminin instauré par ces normes est soumis à jugement social, ce qui en fait tout à la fois une contrainte et une priorité pour les femmes.

Extrait de " La femme face aux nouveaux enjeux de la féminité dans les films » doc.sciencespo-lyon.fr



lundi 25 septembre 2017

Les filles du ciel


S’il est difficile de traduire le terme “Wingwalker” (wing : aile et walker : promeneur), il est très aisé de le comprendre, tant ce qu’il représente est incongru. Le “Wingwalker” est une personne qui se déplace sur l’aile d’un avion... en vol.

Tout a commencé aux Etats Unis et en Europe dans les années 1920, avec le développement de l’aviation populaire. Les anciens pilotes et mécaniciens de la 1ère guerre mondiale se sont pris au jeu (avec les avions provenant des surplus de guerre) et ont inventé la cascade aérienne, beaucoup plus extrême que la voltige académique. Les cascadeurs se sont lancés des défis de plus en plus fous dans le cadre de spectacles aériens.


La crise de 1929, la Seconde Guerre mondiale, le durcissement de la règlementation et surtout la banalisation de l’aviation auprès du public ont finalement eu raison de ces “Jeux du Cirque” modernes. L’activité des “wingwalkers” est progressivement tombée en désuétude malgré le remplacement progressif des hommes par des femmes wingwalkers.

Mais cette ultime touche de glamour n’a pas été suffisante pour sauver une profession qui a presque totalement disparu. Si quelques numéros aériens restent encore aujourd’hui populaires aux USA, la vieille Europe n’a pas réellement développé le côté ludique de l’aviation, activité essentiellement orientée vers la performance, à l’exception toutefois de l’Angleterre...

Depuis près de 30 ans, les “Aerosuperbatics” entretiennent l’héritage des cascadeurs d’antan et proposent un numéro aérien de wingwalking dans les grands meetings européens. Les avions sont des antiques Boeing Stearman, biplans des années 1930, qui assuraient déjà le spectacle il y a 70 ans.

En revanche, pour séduire le public et attirer des sponsors, les wingwalkers sont désormais de jolies jeunes filles, sportives et téméraires. Après avoir été soutenue par une marque de margarine, l’équipe a porté les couleurs d’une marque de cosmétiques et elle est aujourd’hui financée par un fabricant de montres de luxe.

Le spectacle, proposé réellement attractif, dure de 12 à 20 minutes, en fonction des conditions météo et du nombre d’avions (de 1 à 3, voire jusqu’à 5 lorsque le budget le permet).



Cerise sur le gâteau, pour les amateurs de sensations fortes, Aerosuperbatics propose même des vols d’initiation au wing walking. Il suffit de s’inscrire sur leur site Internet, de prendre rendez-vous en Angleterre, et... d’oser monter sur l’aile quelques minutes avant le décollage...

Moi, je n’ai pas été jusque-là... Je me suis contenté de photographier les charmantes demoiselles Danielle et Stella “les wingwalkers” à l’occasion de leur meeting à Biscarrosse en mai 2010.

Je vous souhaite un bon voyage dans le ciel !

Jan Renette, mai 2010 – l’Essence de la Féminité – livre Expo à découvrir !



mercredi 20 septembre 2017

Etre femme : une identité lésée


Là où le sexe masculin bénéficie de la place du trône dans le royaume paternel phallocentrique, nulle place pour le sexe féminin, si ce n’est en termes d’absence, de manque.

Cette image, les femmes n’ont de cesse de la mettre en avant, en recourant au paraître, à la mascarade. Faute de ne pas avoir le Phallus, il s’agit de se donner à voir à l’homme comme étant l’objet de son désir. (Lacan 1957-58)

L’identité féminine en passe par un paraître appelant au regard désirant de l’homme. Nombre de femmes pointent combien il est important pour elles d’être remarquées, regardées, quittes à user de multiples artifices : faux ongles, chirurgie esthétique, ornements divers… autant d’apparats féminins destinés à capturer le regard masculin. Il s’agit pour ces femmes de pouvoir lire dans les yeux du partenaire la flamme du désir. Sembler être le phallus, soit l’objet du désir et des fantasmes masculins, vient apposer un voile sur le mystère de l’identité féminine.




Mais, tout comme l’identité féminine ne se réduit pas à une belle image, être femme ne se résume pas à cette mascarade, ce qui viendrait à assujettir ces sujets à l’injonction imaginaire «Sois belle, et tais-toi». Les femmes le revendiquent : « je ne suis pas qu’une belle poupée, j’ai un cerveau aussi ! ».

Une femme en appelle certes au regard désirant de son partenaire, mais plus que tout, elle attend qu’il lui déclare sa flamme. Ce qui est visé par une femme, c’est avant tout une parole d’amour, car l’homme qui se déclare à sa bien-aimée met à jour son manque-à-dire sur sa partenaire, et en parlant donne ainsi à sa partenaire un supplément d’Etre.

Le sentiment d’être femme implique donc l’assomption du manque-à-dire masculin quant à l’être féminin. Dès lors, la zone d’ombre entourant l’identité féminine prend une tournure bien spécifique : si un homme ne peut tout dire d’une femme, c’est parce qu’il est dépassé par une identité féminine à jamais entourée d’une part de mystère à laquelle il n’a pas accès. La parole d’amour, avec le ratage qu’elle implique, ouvre le champ à la conception de l’être féminin et de sa jouissance comme dépassant l’ordre masculin, phallique.

A l’exemple de L’hystérique, qui ne cherche pas à devenir une femme, mais plutôt à obtenir de l’homme un savoir sur cette question sans cesse déployée. Et pour cela, elle en passe par celui qui saurait lui dire ce qu’est La Femme, la vraie, qui susciterait le désir de tout homme. Si l’hystérique s’assure une identité, c’est une identité bien plus masculine que féminine, en s’identifiant à une double figure masculine : celle de l’homme impuissant, et celle, sous-tendue de l’homme idéal, imaginaire, qui saurait dévoiler La Femme.

En fait, ce regard décevant du partenaire, l’échec de ce dernier à lui assurer un repère identitaire satisfaisant en tant que femme, occupe une fonction bien précise dans la problématique de ces sujets. Alors que l’on pourrait être tenté de le croire, nombre "d’hystériques" ne s’effondrent pas du fait de cette insatisfaction sans cesse renouvelée dans leurs relations amoureuses : c’est bien plus lorsque le partenaire les quitte, disparait et ne vient donc plus jouer avec elle à ce jeu d’échecs amoureux que tout vacille. La mise en échec du partenaire à la satisfaire assure en effet pour le sujet hystérique sa foi en une figure idéale de l’homme qui lui révélerait le secret de la féminité.

En fait, si l’on parcourt les ouvrages traitant de l’hystérie et ce, en remontant jusqu’au Moyen-Age, la question de délire et d’hallucination dans l’hystérie ne paraît aucunement nouvelle, bien au contraire. Derrière le concept de « Folie hystérique », repris et analysé par Maleval (1981) gît l’énigme de l’identité féminine.

L’identité féminine ne se laissera jamais totalement dévoiler. Que certaines femmes croient atteindre leur secret le plus enfoui au prix d’une identité finalement plus masculine que féminine, que d’autres éludent ces zones d’ombre en inventant une nouvelle forme d’identité sexuée, d’un troisième genre, toutes se heurtent inéluctablement au mystère du féminin.

Extrait de Sciences-Croisées Numéro 2-3 : L’Identité


vendredi 15 septembre 2017

Par le corps, s’exprime le flux de la Vie

Lorsque le sang coule en pleine lune ou en nouvelle lune Lorsque le corps n’est pas soumis à un mode de contraception hormonal qui l’éloigne de son ressenti et de son lien avec la lune, la femme peut alors observer que ses règles surviennent généralement autour de la Nouvelle Lune (lune noire) ou de la Pleine Lune. 

Le processus de croissance de la Nouvelle Lune à la Pleine Lune accompagne généralement la physiologie du cycle qui évolue du 1er jour des règles (Nouvelle Lune) à l’ovulation (Pleine Lune). 



On peut aussi rencontrer le phénomène inverse, c’est-à-dire l’arrivée des règles au moment de la Pleine Lune et l’ovulation au moment de la Nouvelle Lune. Les autres phases lunaires sont des périodes de transition, surtout lors de cycles irréguliers. Il est aussi intéressant de constater qu’une femme qui crée un lien quotidien avec la Lune peut voir son cycle se régulariser naturellement après quelques mois. Plus on vit dans l’attention et la conscience, plus on met son énergie et sa puissance active à la transformation. 

Avoir ses règles en Nouvelle Lune (lune noire) ou avoir ses règles en Pleine Lune dépend de l’énergie vitale du moment. En effet, les menstruations génèrent une déperdition d’énergie par la perte de minéraux, de fer notamment ce qui peut générer une fatigue accentuée durant ces jours. La lune, symbole de l’élément eau, gère tous les fluides de la Terre (marées, sève) et de l’Homme (sang, lymphe), mais aussi les émotions et les sentiments. N’oublions pas que nous sommes constituées au minimum de 70% d’eau… 

Comme une discrète et fidèle compagne, elle va nous insuffler un maximum de son énergie durant son plein rayonnement. Instinctivement, l’intelligence cellulaire va accueillir cette force supplémentaire selon ses besoins. Les effets de la lune en seront régulateurs ou perturbateurs. Lorsque l’organisme est épuisé, il va naturellement rechercher l’apport énergétique supplémentaire de la Pleine Lune, durant sa période la plus vulnérable que sont les règles. Son épuisement sera par contre accentué si les règles surviennent en période de Nouvelle Lune par l’effet aspirant de celle-ci, pouvant se manifester par des tensions ou un malaise lié à un vide. 

Au contraire, si une femme est fatiguée par un trop plein de tensions nerveuses, la Pleine Lune risque d’accentuer ses symptômes et la rendre irritable ou insomniaque, alors que la Nouvelle Lune permettra de faire diminuer cet excès. Si la femme est naturellement en forme, elle pourra avoir ses règles en Nouvelle Lune ou en Pleine Lune sans en sentir d’effets perturbateurs. Les menstruations en Pleine Lune lui permettront alors d’aller puiser toute sa créativité intérieure pour la mettre à la lumière et faire surgir de nouvelles ressources. Observez durant quelle phase lunaire se manifestent vos règles ou votre ovulation et prêtez attention à votre état énergétique. 

Par le corps, s’exprime le flux de la Vie. Il est l’outil d’expression qui véhicule notre état d’être, avec sensibilité et réceptivité. La compréhension du mystère des cycles et de son vécu, ouvre chez la femme une voie d’épanouissement, de confiance et de liberté lui permettant de gérer tous les aspects physiques, émotionnels, psychiques et spirituels de sa féminité. »


Source : /lunaison de la femme, Karen Morand(PDF)