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jeudi 17 août 2017

Définition du totem, une parenté matrilinéaire


Le mot « Totem » est apparu en 1791 avec les observations de J. Long chez les Indiens Ojibwa d’Amérique du Nord. C’est d’ailleurs de leur langue que fut tiré le mot lui-même : « ototam » en ojibwa signifie « parenté frère sœur utérins (enfants d’une même mère) » c’est-à-dire parenté matrilinéaire. Cette superposition du nom générique des groupes et d’un lien généalogique à la mère se retrouve en Afrique du Sud chez les Mashona et les Matabele : « mutupo » renvoie ici à la fois au Totem et au sexe (interdit) de la sœur utérine.



Un animal ancêtre, esprit de la lignée maternelle
Animal sacré, ancêtre cosmique incarnant un groupe familial. Le totem est à la fois l’esprit éternel du clan, de ses membres passés, présents et futurs, décédés, vivants, et à naître; mais il incarne aussi la propriété collective indivisible et éternelle du clan, son territoire, sa terre ancestrale. Les animaux totémiques ont évolué jusqu’aux formes héraldiques (armoiries) plus récentes. Titre définissant l’appartenance à une gente, une cellule (famille, clan, tribu, nation…). La nationalité et la famille sont des totems. L’individu a donc autant de points de référence (totems) qu’il y a de niveaux de segmentation. C’est un titre juridique multi-dimensionnel : le totem est une entité à la fois familiale, spirituelle, et territoriale. C’est à la fois la famille ou la nation, le patrimoine ou la patrie, et l’identité familiale ou nationale.

Origines de l’ours en peluche : Il est fort probable que la coutume traditionnelle de mettre un ours en peluche auprès des nouveaux nés soit issue d’anciens cultes animistes, où l’ours représente alors un animal totémique protecteur.

Droit totémique
C’est l’appellation ethnologique du droit associatif. Règle qui définit l’appartenance d’un individu à un groupe, une cellule, une gente, sur la base du port d’un totem, titre d’appartenance définissant ses membres. Ce titre est transmissible et interchangeable.

Famille = totem = association = parenté = adoption = mariage

La famille associative matrilinéaire par défaut : le droit totémique définit la famille comme une libre association, définie d’abord par le lien maternel (la famille est matrilinéaire par nature), d’un nombre exact d’individus, quels que soient les liens sentimentaux ou du sang qui relèvent du domaine privé. Ni hétérosexuel, ni homosexuel, il ne doit pas y avoir de statuts fondés sur la sexualité, qui relève du domaine privé. Les membres sont liés entre eux par le devoir de solidarité mutuelle (comme entre époux, père, fils, mère, fille, frère, sœur…), et par le droit de jouir de la propriété collective familiale indivisible de l’association. Ainsi, la solidarité inter-générations est assurée. La famille étant matrilinéaire par défaut, c’est donc par défaut le frère de la mère, l’oncle maternel, qui est responsable des enfants, et non le géniteur. Il est possible de changer de famille à volonté, par simple procédure d’adoption : un individu ne peut appartenir qu’à 1 seule famille. Tout individu est expulsable par sa famille. Le mariage et le divorce ne sont plus qu’une simple adoption, un changement de famille, de totem.

Mariage = divorce = adoption = changement de parenté = association

Modularité : Il est possible de créer de nouvelles familles, de les fusionner ou de les fissionner. Cette flexibilité permet à ce système clanique d’être compatible avec une civilisation urbaine, industrielle et nomade.


samedi 12 août 2017

L’aspect sacré et spirituel des menstruations


Renouer avec sa lunaison intérieure 

Comme la lune, les femmes ont également une lunaison intérieure : leur cycle menstruel. Prendre conscience des liens entre le cycle menstruel et le cycle lunaire permettrait de créer des liens forts et intimes avec notre féminin sacré. 

En effet, en plus de présenter un cycle mensuel comme l’astre lunaire, le corps de la femme présente aussi une autre caractéristique qui la lie encore plus à la Mère-Terre : les 4 phases cycliques des menstruations. Comme les 4 saisons d’une année, l’activité hormonale liée aux menstruations, fait passer la femme dans 4 états de conscience, modifiant son comportement et la façon de percevoir la vie. 



Nouvelle Lune : l’Hiver – Menstruations Marquée par le premier jour des règles, cette période est un temps pour célébrer sa féminité, en prenant soin de soi avec respect et amour. En résonance avec la saison hivernale, elle est une période d’introspection, de gestation, terreau fertile où la vie s’élabore. 

Lune Croissante : le Printemps – Phase pré-ovulatoire – L’aspect Vierge de la Déesse en nous Voici la phase ascendante et progressive du cycle. La fertilité évolue de façon croissante pour atteindre son maximum. C’est une période de renaissance, exprimant la jeunesse du cycle. La femme est débordante d’énergie, enthousiaste et portée vers le monde extérieur, le corps et l’esprit étant stimulés par une énergie accrue. 

Pleine Lune – l’Été – Phase ovulatoire – L’aspect Mère de la déesse en nous La puissance du féminin sacré à son paroxysme. C’est l’expression de la pleine maturité physiologique, marquée par une période de stabilité et d’harmonie. Ce passage de la fertilité à l’infertilité est l’axe charnière du cycle, un temps « hors du temps », intemporel et magique. La femme va puiser la force intérieure de sa nature féminine profonde pour l’exprimer et l’irradier avec générosité. 

Lune décroissante – l’Automne – Phase post-ovulatoire – l’aspect Aïeule de la Déesse en nous Durant cette phase, la femme entre dans un processus évolutif tourné vers les aspects intérieurs et obscurs de la nature féminine. L’énergie physique diminue et les pensées deviennent confuses, alors que les facultés créatrices et intuitives se développent. Cette énergie quelque peu chaotique pourra s’exprimer positivement si la femme l’accueille favorablement, lui permettant ainsi de développer son instinct et son intuition. 

Au contraire, et c’est ce qui est majoritairement le cas, cette énergie est souvent mal gérée, car l’instinct et le mental, étant deux polarités, se confrontent. Ce qui peut être émotionnellement très éprouvant et explique notamment la « mauvaise humeur » des femmes à l’approche de leurs règles. Il est donc important de trouver des activités « exutoires » qui permettront d’évacuer les tensions et de profiter en même temps de cette énergie créatrice. 

Se synchroniser à nouveau avec la Lune L’exercice qui suit, crée par Karen Morand, naturopathe suisse spécialiste en « naturogynécologie », a été repris tel quel pour que toute femme intéressée puisse l’expérimenter. 

« Observez puis notez comment vous percevez le vécu de votre journée : - au niveau physique (Quelle est ma vitalité ? Suis-je en forme ? Quelle est la qualité de mon sommeil ? Suis-je à l’écoute des maux de mon corps ? Comment se manifeste ma sexualité ?) 

- au niveau émotionnel (Quelles sont mes peurs ? Quels sont mes sentiments, mes émotions ? Ai-je de la colère, de la frustration, de la joie, etc. ? Quelle est mon attitude, mon comportement à la maison, au travail ?) - au niveau mental (Quel est mon niveau de concentration ? Facilité ou difficulté à faire des choix ? A communiquer ? Ai-je des tensions, des contrariétés ?) 

- au niveau spirituel (Suis-je à l’écoute de mon intuition ? Est-ce que je me fais confiance ? Est-ce que je m’autorise à faire émerger mes ressentis profonds ? Quelle est la nature de mes rêves ?) 

Chaque femme, adolescente et adulte, pourra entrer dans l’observation et la connaissance de son cycle au fil des lunes. Plus elle sera observatrice et portera son attention sur les liens étroits qu’elle tissera au fil des mois avec la lune, plus elle affinera ses perceptions pour faire éclore les mille et une richesses du trésor qu’elle possède en elle. La femme enceinte n’est plus soumise aux fluctuation cycliques durant les 9 mois de sa grossesse. 

Elle vit cette période dans une bulle hors espace-temps, sous la protection bienveillante de la Lune. Elle pourra vivre ce moment privilégié avec plus de conscience du lien qui la relie aux phases de la Pleine Lune par une activité propice à la méditation ou la contemplation. Cela lui permettra de développer ses qualités intuitives et de créer une communication privilégiée en conscience avec son bébé. 

La femme ménopausée n’est plus dépendante du cycle, mais englobe la totalité des qualités de celui-ci. L’aspect physiologique de procréation va progressivement diminuer et sa puissance de vie va s’orienter vers un processus de transformation intérieure. N’ayant plus ses propres cycles comme axe de référence, elle est libre de toute fluctuations et peut se consacrer à faire émerger les qualités des phases lunaires dans la recherche de leur équilibre respectif.

Lorsque le sang coule en pleine lune ou en nouvelle lune Lorsque le corps n’est pas soumis à un mode de contraception hormonal qui l’éloigne de son ressenti et de son lien avec la lune, la femme peut alors observer que ses règles surviennent généralement autour de la Nouvelle Lune (lune noire) ou de la Pleine Lune. 

Le processus de croissance de la Nouvelle Lune à la Pleine Lune accompagne généralement la physiologie du cycle qui évolue du 1er jour des règles (Nouvelle Lune) à l’ovulation (Pleine Lune). On peut aussi rencontrer le phénomène inverse, c’est-à-dire l’arrivée des règles au moment de la Pleine Lune et l’ovulation au moment de la Nouvelle Lune. 

Les autres phases lunaires sont des périodes de transition, surtout lors de cycles irréguliers. Il est aussi intéressant de constater qu’une femme qui crée un lien quotidien avec la Lune peut voir son cycle se régulariser naturellement après quelques mois. Plus on vit dans l’attention et la conscience, plus on met son énergie et sa puissance active à la transformation. 

Avoir ses règles en Nouvelle Lune (lune noire) ou avoir ses règles en Pleine Lune dépend de l’énergie vitale du moment. En effet, les menstruations génèrent une déperdition d’énergie par la perte de minéraux, de fer notamment ce qui peut générer une fatigue accentuée durant ces jours. La lune, symbole de l’élément eau, gère tous les fluides de la Terre (marées, sève) et de l’Homme (sang, lymphe), mais aussi les émotions et les sentiments. N’oublions pas que nous sommes constituées au minimum de 70% d’eau… 

Comme une discrète et fidèle compagne, elle va nous insuffler un maximum de son énergie durant son plein rayonnement. Instinctivement, l’intelligence cellulaire va accueillir cette force supplémentaire selon ses besoins. 



Les effets de la lune en seront régulateurs ou perturbateurs. Lorsque l’organisme est épuisé, il va naturellement rechercher l’apport énergétique supplémentaire de la Pleine Lune, durant sa période la plus vulnérable que sont les règles. Son épuisement sera par contre accentué si les règles surviennent en période de Nouvelle Lune par l’effet aspirant de celle-ci, pouvant se manifester par des tensions ou un malaise lié à un vide. Au contraire, si une femme est fatiguée par un trop plein de tensions nerveuses, la Pleine Lune risque d’accentuer ses symptômes et la rendre irritable ou insomniaque, alors que la Nouvelle Lune permettra de faire diminuer cet excès. 

Si la femme est naturellement en forme, elle pourra avoir ses règles en Nouvelle Lune ou en Pleine Lune sans en sentir d’effets perturbateurs. Les menstruations en Pleine Lune lui permettront alors d’aller puiser toute sa créativité intérieure pour la mettre à la lumière et faire surgir de nouvelles ressources. Observez durant quelle phase lunaire se manifestent vos règles ou votre ovulation et prêtez attention à votre état énergétique. Par le corps, s’exprime le flux de la Vie. 

Il est l’outil d’expression qui véhicule notre état d’être, avec sensibilité et réceptivité. La compréhension du mystère des cycles et de son vécu, ouvre chez la femme une voie d’épanouissement, de confiance et de liberté lui permettant de gérer tous les aspects physiques, émotionnels, psychiques et spirituels de sa féminité. »

vendredi 4 août 2017

Les femmes sont-elles victimes des religions ?


Faut-il rétablir la communauté monastique féminine?

Depuis le milieu des années 80, un débat tout à fait nouveau s'est élevé au sein de la communauté bouddhiste, en Asie comme en Occident: faut-il rétablir la communauté monastique des femmes (bhikkhuni)?
Alors qu'il existait par le passé trois lignées d'ordination différentes, une seule s'est perpétuée jusqu'à nos jours, dans trois pays d'Extrême-Orient: Chine, Corée et Vietnam. Celle du Tibet n'a connu qu'une existence assez brève; celle de Ceylan, liée à l'école Theravâda, perdura quatorze siècles mais disparut au XIe siècle. De plus en plus de femmes, surtout en Asie du sud-est (de tradition Theravâda), souhaiteraient pouvoir bénéficier à nouveau de ce statut de "renonçant(e)". Mais, jusqu'ici, les autorités religieuses Theravâda ont toujours refusé de les prendre en considération, arguant que la lignée d'ordination ne pouvait être rétablie.
Ce refus, vécu comme une discrimination sexiste, provoqua une véritable prise de conscience "féministe": au cours de ces dernières années plusieurs associations de femmes bouddhistes se sont créées, des réunions de réflexion et des colloques ont été organisés… Leur sujet de prédilection est très clairement le rétablissement de l'ordre féminin.

Il est intéressant de noter que cette question a été soulevée à l'initiative de "bouddhistes féministes" américaines et, bien que les Occidentales ne soient pas majoritaires dans ce mouvement, leur influence y est évidente! C'est là un nouvel exemple de l'impact direct des modes de pensée occidentaux sur le bouddhisme, phénomène sensible depuis plus d'un siècle et qui soulève nombre d'interrogations jusque-là inconnues… Une telle revendication ne fait pourtant pas l'unanimité, même parmi les femmes. Si la majorité la plus audible réclame ce qu'elle considère comme un "droit", d'autres font remarquer – à juste titre – que le statut de bhikkhuni n'est pas indispensable pour parvenir aux plus hauts degrés de réalisation spirituelle, y compris l'Eveil.
Cette question constitue en fait un véritable"cas d'école… Elle pose la question de la validité de la Tradition et celle, complexe, des relations que le sangha monastique entretient avec la société civile.
Qui détient le pouvoir de restaurer l'ordre féminin? Est-ce possible, voire souhaitable?…
La Tradition veut que les ordres monastiques et leurs règles de transmission aient été institués par le Bouddha lui-même. Pour qu'une ordination soit valide, il faut que puisse être réuni un collège minimum de bhikkhu et de bhikkhuni, pleinement ordonné(e)s, qui assurent la pérennité d'une lignée ininterrompue. Seul un Bouddha semble ainsi détenir le pouvoir de "création" d'un ordre et le sangha a le devoir de le perpétuer. Provoquer un schisme au sein de la communauté (et un tel schisme ne concerne pas tant la Doctrine que, justement, la transmission de l'ordination…) est considéré comme l'une des cinq actions qui mènent directement dans le plus profond des Enfers!
Cela n'a pas empêché le bouddhisme d'en connaître plusieurs, et les lignées d'ordination de se multiplier au fil des siècles. Les trois qui demeurent aujourd'hui ne se distinguent que par le nombre de leurs préceptes - différences qui portent sur des points généralement mineurs. Or le Bouddha a déclaré qu'on pourrait, après sa disparition, supprimer certaines règles "mineures"; mais personne ne lui ayant demandé quelles étaient ces règles, le premier concile – qui, d'après la Tradition, se tint quelques semaines après sa mort - décida de les conserver toutes…
Profondément respectueux de cette tradition conciliaire, les bhikkhu du Theravâda refusent donc le "rétablissement" de l'ordre des bhikkhuni. Cette lignée d'ordination ne pourrait être rétablie – ou plutôt "recrée" - que par un nouveau Bouddha… Mais le prochain Bouddha à venir n'est attendu que dans quelques milliards d'années!
Une solution serait d'accepter que les femmes reçoivent la transmission des bhikkhuni d'Extrême-Orient. Si les autorités du bouddhisme tibétain n'y voient aucun inconvénient - les différences entre les lignées du Mûlasarvâstivâda et du Dharmaguptaka sont infimes et, pour une école relevant du Mahâyâna, la reconnaissance ne pose pas de problèmes insurmontables - il en va tout autrement pour la lignée du Theravâda qui les considère comme "schismatiques"!
D'autres arguments peuvent être avancés. L'enseignement fondamental du Bouddha est que "tout ce qui est soumis à l'apparition est soumis à la destruction": il est donc dans l'Ordre des choses que le sangha lui-même puisse disparaître et nul n'y peut rien… On pourrait dire aussi qu'accepter une telle revendication ne serait que satisfaire un désir, alors même que la pratique bouddhique vise à libérer de tout désir! Le Bouddha lui-même a d'ailleurs tout d'abord refusé de répondre à la demande de sa mère nourricière… Mais si Ananda parvint à le faire changer d'avis, c'est qu'il avait présenté la requête, non pas comme un désir, mais comme un "droit": parce que les femmes peuvent atteindre l'Eveil en suivant les règles de conduite du sangha, nul ne devait pouvoir prétendre les en priver, pas même un Bouddha!
Nous avons aussi insisté, dans notre article général, sur le fait que la mise en pratique de la Doctrine bouddhique tenait à respecter les conventions sociales. Un respect particulièrement sensible en ce qui concerne les femmes, à leur avantage comme à leur détriment: si elles ont plutôt bénéficié du bouddhisme dans la société civile, ce sont les conventions qui leur ont imposé de nombreuses règles supplémentaires dans le sangha monastique.
Or, les conventions ont très profondément évolué au cours des dernières décennies et l'égalité de principe entre hommes et femmes constitue l'avancée sociale la plus considérable que le XXe siècle ait connue. Dans quelle mesure le sangha bouddhiste doit-il en tenir compte ? Bénéficier à nouveau d'une "ordination plénière" est-il un "droit" que les femmes bouddhistes contemporaines peuvent revendiquer?
On pourrait enfin arguer que les règles mineures (incriminées dans les autres lignées) n'ont été établies que pour tenir compte de conventions en usage dans les pays d'accueil, et qu'on pourrait donc tout simplement les supprimer! Mais les bhikkhu du Theravâda s'abritent alors derrière la décision du premier concile: ne rien modifier puisqu'on ignore quelles règles le Bouddha considérait comme "mineures"…
Les arguments ne manquent donc pas, tant du côté des détracteurs que des promoteurs.
Quelle que soit la manière dont on aborde le problème, il met en évidence une difficulté qui fut récurrente dans l'histoire du bouddhisme. On admet que la Doctrine du Bouddha relève du domaine "supra-mondain", non conventionnel, et que les conventions, au contraire, relèvent du "mondain". Mais qu'en est-il de la Tradition fixée par les conciles ? Instituée à l'occasion de circonstances particulières, ne relève-t-elle pas elle-même du "mondain" ? La considérer comme durable et indépendante des circonstances qui l'ont vu naître reviendrait à dire qu'elle "existe en soi" - croyance qui constitue, selon l'enseignement du Bouddha, l'origine même de la souffrance qu'il voulait éradiquer…! La Tradition ne risque-t-elle pas de devenir ainsi elle-même source de souffrance ? Et les femmes d'en être les premières victimes ?

Nous ne trancherons pas la question… Mais, dans les faits, certains l'ont bien considéré ainsi. Le 15 février 1998, dans la ville sainte par excellence du bouddhisme, Bodh-Gaya (lieu où le Bouddha a connu l'Eveil), 140 femmes, asiatiques et occidentales, ont ainsi reçu l'ordination transmise par 15 bhikkhuni de Taïwan, en présence de bhikkhu de diverses traditions, du Mahâyâna - tibétains, vietnamiens et chinois - mais aussi du Theravâda - thaïlandais et sri-lankais!
Reste à savoir, désormais, l'accueil qui sera fait à ces bhikkhuni "schismatiques" dans les pays Theravâda d'Asie du sud-est… Les autorités religieuses thaïlandaises et sri-lankaises, très majoritairement, ont fait savoir qu'elles ne les reconnaîtraient pas. Mais le gouvernement thaïlandais s'en est ému récemment. La constitution de Thaïlande – pays "officiellement" bouddhiste – prévoit en effet un statut légal très précis pour les bhikkhu. Non reconnues par leurs homologues masculins, les bhikkhuni nouvellement ordonnées se retrouveraient de fait "hors la loi"… situation que le ministre de l'éducation ("ministre de tutelle" du sangha) a considéré publiquement comme "préoccupante", appelant les bhikkhu à prendre en compte ces circonstances nouvelles!
Une fois encore, la société civile risque donc d'influer directement sur le sangha. Mais on ne peut prédire, aujourd'hui, si les femmes en seront les "victimes" ou si, au contraire, elles seront à l'origine d'une évolution considérable, encore impensable il y a quelques décennies. La Doctrine est demeurée pérenne et joue toujours, plutôt, en leur faveur; les conventions sociales aussi, désormais… Seule, la Tradition conciliaire résiste. Doit-on considérer qu'elle risque, elle-même, d'être "victime" des femmes?
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Ce texte de Dominique Trotignon est extrait de l'ouvrage "La Femme" produit sous la direction de Evelyne Martini (avec Malek Chebel, Vasundhara Filiozat, Arlette Fontan, Philippe Haddad, Elisabeth Parmentier, Dominique Trotignon), collection "Ce qu'en disent les religions", Editions de l'Atelier, Paris 2002, 176 pages, 15,50 Euro.

UNE POSSIBLE COOPERATION FEMININ / MASCULIN


Si je suis masculin, je ne peux pas être féminin ; pis encore, je ne peux que me poser en m'opposant, m'inscrire contre le féminin qui me menace. Est-il possible de se vivre dans une bipolarité, d'être une chose et son contraire, de circuler d'un pôle à l'autre, de vivre dans la tension des deux pôles, dans la richesse de l'ambivalence ?

Le seul péché, n'est-ce pas justement de s'identifier à un seul pôle au détriment de l'autre, de se limiter à un seul type de réalité ?

Dans la morale, la pensée dualiste prend bien soin de nous faire distinguer entre le bien et le mal, de nous culpabiliser sur le mal et de nous valoriser sur le bien. Nous aurons tendance à endosser facilement les vêtements du bien et à refuser les vêtements du mal. Ce que je suis sera le bien, le mal je le réserverai pour l'autre. Je lui taillerai éventuellement un costume sur mesure pour endosser tout ce que je ne suis pas prêt à accepter pour mon propre compte. Autrement dit, si je me retrouve dans la situation de quelqu'un qui ne reconnaît chez lui ni la gourmandise, ni l'envie, ni la malhonnêteté, etc., je vais trouver quelqu'un d'autre en face de moi qui va assumer tout cela.

Un compagnon peut être le support idéal de ces projections-déjections. Je suis le bien, l'autre est le mal. Le masculin (ou le féminin) est le bien, le féminin (ou le masculin) est le mal. C'est ce qui s'est passé pendant quatre mille ans de patriarcat et de justification théologique des grandes religions monothéistes.

L'extraordinaire simplicité du processus ne permet pas pour autant la lucidité. Les hommes et les femmes se sont enfermés dans ces croyances dualistes qui répondaient à un réflexe de peur et de survie, d'affirmation et de conquête.



Pouvons-nous passer au -delà du bien et du mal selon la formule Nietzchéenne) au-delà de cette opposition ? Qu'y a-t-il de nouveau à inventer ?

Ce qui fait mourir l'amour, ce qui rend l'intimité insupportable pour certains, c'est cette pression moralisante qui s'exerce de l'un sur l'autre, ce contrôle et cette aliénation de conscience. Pouvons-nous imaginer une autre manière de vivre en couple qui ne comporte pas d'ingérence sur l'autre ? Respecter l'autre véritablement comme une personne à la fois même et différente sur laquelle je n'ai pas de droits. Que devient l'engagement du couple dans cette perspective ?

Peut-on être à la fois solidaire et solitaire, amant et ami, fiancé et marié, allié et libre, dépendant et indépendant ? Nous sommes apparemment là dans des exigences contradictoires mais notre pari d'humanité semble bien être d'entrer dans la réconciliation des contraires, dans le dépassement des oppositions, dans l'instauration de la paix au sein de l'acceptation de la tension.

Dans quelle mesure le fait pour chacun d'entrer dans l'acceptation de la tension ambivalente entre deux pôles, sans s'identifier à aucun, correspond-il à la fin de l'intolérance et du conflit ? Apposer deux choses, comme dit Jacques Salomé, les mettre l'une à coté de l'autre au lieu de les opposer. C'est d'une véritable révolution de l'esprit qu'il s'agit, d'un revirement de la conscience d'une sortie de l'emprise du péché et de la culpabilité.

Pourquoi les couples se séparent-ils de plus en plus et de plus en plus vite ?
L'individualité devient une valeur à part entière. Personne ne supporte plus de se voir raccourci et rétréci au nom de' la famille et du mariage. L'aliénation d'une personne à une autre est devenue intolérable, irrespirable. " Tu me pompes l'air. " Cette expression familière montre bien le besoin d'espace dans toute association. 



L'air du temps véhicule cette exigence et la popularise, alors qu'elle était d'abord réservée aux artistes : Aller jusqu'au bout de soi-même quel qu'en soit le prix. Cette exigence est d'ordre spirituel, même si elle n'est pas comprise comme telle.

En effet il s'agit plus ou moins souterrainement de ne pas abandonner en route le désir sexuel et de ne pas se couper de la possibilité de rencontrer l'exaltation et peut-être l'élévation de l'amour. Car le sexe est la porte de l'amour, l'amour est la porte de la réalisation intérieure. Sexe, amour, lumière. Même ceux qui n'ont jamais réfléchi à cette flèche de développement la poursuivent opiniâtrement, mettant en scène rencontres, fusions, séparations. Est-il possible de s'engager dans un couple et de ne pas perdre le feu du désir ? Certains avancent la date de quatre ans comme fatidique à l'attraction sensuelle des corps, d'autres donnent sept ans; quoi qu'il en soit, la mort du désir sanctionnerait toute relation engagée dans le temps et l'espace d'une cohabitation.

N'y a-t-il pas des couples qui peuvent témoigner du contraire ? Et dans ce cas, quelle est leur recette ? Le jardin du couple demande-t-il à être fertilisé pour produire des fleurs en toute saison?

L'auteur , Paule SALOMON  a découvert que le couple, en nous, et hors de nous, s'accomplissait en sept étapes s'emboîtant les unes dans les autres. Ces sept couples, du plus archaïque que nous rejouons tous au plus évolué, vivant l'amour en conscience, en passant par le plus conflictuel, révèlent étape par étape un autre visage de l'amour.

La véritable aventure du couple commence quand le conflit a été dépassé, qu'un réel échange s'est établi, donnant à chacun liberté et autonomie. A l'aide de cas concrets, Paule Salomon montre les écueils, les frustrations, les rapports de force, souvent issus du milieu familial, qui peuvent être dépassés par une analyse de soi, une écoute attentive de ses désirs et de ses paradoxes.

Se donner du pouvoir l'un à l'autre, être solidaires et solitaires, amis et amants, savoir être libres et engagés: c'est un nouvel art d'aimer que propose l'auteur, en même temps qu'un outil de connaissance et d'exploration de la relation à soi et à l'autre.

Connaître le processus de l'amour, prendre conscience de cet itinéraire, c'est avancer une lampe à la main dans les ténèbres inconscientes du paradoxe amour/haine en ayant l'intuition que l'amour se rencontre et se dévoile au bout de ce voyage en spirale. Le couple est ainsi, comme l'amour, une "sainte folie" rendue possible. 


Extrait de Paule Salomon: La sainte folie du couple, Paris. Albin Michel, 1994. -