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mardi 30 juin 2015

LE SERPENT GARDIEN DE LA SAGESSE



Le serpent Le serpent est peut-être, en mythologie, la plus forte de toutes les images illustrant le renouveau et la transformation. Il est le gardien de la sagesse des enfers et de la prophétie. Sa faculté est de changer régulièrement de peau et de la reconstituer en se reflétant chaque mois dans la répétition de la nouvelle lune ainsi que dans le cycle menstruel féminin. A l'instar de la lune, il était considéré comme un symbole de lumière et d'obscurité, car il évoluait à la fois à la surface du sol et sous terre, dans des terriers et des galeries souterraines.

Il symbolisait les énergies de la nouvelle lune, l'énergie dynamique qui émergeait de la conscience intérieure - ou des enfers - et qui révélait les facultés de prophétie, la sagesse, l'inspiration et la fécondité. De plus, ses mouvements sinueux et ondoyants soulignaient sa ressemblance avec l'eau, et c'est ainsi qu'il devint le symbole des eaux célestes s'exprimant par la pluie fertilisante, les eaux terrestres dispensatrices de vie et celles de l'enfer se présentant comme la matrice qui apportait reconnaissance et vie nouvelle.

Certaines mythologies voyaient en lui la source créatrice qui donnait naissance à l'univers. Ainsi était-il considéré comme l'énergie dynamique de la divinité représentant simultanément la terre-matrice et l'énergie faisant croître les plantes. Maintes divinités étaient associées aux reptiles, ce qui peut signifier que dans certains cas, elles symbolisaient initialement le cycle lunaire intégral et pas l'unique phase à laquelle elles seront rattachées ultérieurement. Hel, la divinité teutonne des enfers et des morts, était la sœur d'Ouroboros, le serpent de la création qui entourait les océans de la planète. Inanna comme Ishtar étaient accompagnées de serpents souvent entrelacés autour d'un bâton et portaient les noms respectifs de Reine des Eaux Supérieures et Inférieures. On a découvert dans le sanctuaire de Knossos en Crète, des statues de divinités ou de prêtresses accompagnées de reptiles enroulés autour de leurs corps et d'autres tenus dans la main. Hécate, déesse grecque de la nouvelle lune, était représentée avec des serpents dans les cheveux et Déméter, déesse du blé, était accompagnée d'un reptile.

Cependant, les divinités protectrices de l'enseignement, des oracles, de la guérison et de l'inspiration étaient associées de manière spécifique aux serpents. On appelait « pythie » la prêtresse d'Artémis, c'est-à-dire serpent, et son autel était un lieu de guérison et de prophétie. 

Le bouclier d'Athéna ainsi que l'égide, pièce vestimentaire bordée de serpents qu'elle portait sur les épaules, étaient tous deux décorés de peintures représentant la tête de Gorgone à chevelure de reptiles. Dans le légendaire celte, un lien spécifique existait entre la déesse Brigitt et les reptiles ; par ailleurs, la déesse égyptienne Heh, parée d'une chevelure de serpents, était qualifiée de « Révélatrice de la Sagesse ».

On rencontre aussi, dans la mythologie et le légendaire, des reptiles qui gardent l'arbre de vie. L'arbre, image de la divinité, réalisait l'union entre la terre, le ciel et l'enfer, par lesquels les énergies vitales s'écoulaient dans le symbole du reptile. Le serpent représentait la sève qui monte et descend, l'aspect vivant, mortel et régénérateur de l'éternelle source vitale. Les images peuplant le récit d'Adam et Eve et représentant le féminin divin ressemblent à celles qu'on rencontre en Mésopotamie, en Egypte et dans d'autres cultures. L'arbre de vie, dont la chute et la renaissance rythmiques des feuilles chaque année répondaient aux rythmes du serpent, de la lune et de la femme, était l'image d'une mort à laquelle succédait la renaissance. Dans le récit d'Adam et Eve, on trouve deux arbres, celui de la vie et celui de la connaissance, qui traduisent la distinction entre le concept d'une conscience individuelle du cycle de la vie et de la renaissance et le concept de cycle naturel. Eve se rallie toutefois à ces concepts en cueillant le fruit : en le saisissant, elle assume le caractère cyclique de la menstruation ; elle s'intègre aux rythmes de la nature et de l'univers, tout en devenant consciente à un niveau personnel de l'interrelation de ces rythmes avec le cycle de la vie.

Ce présent, qui devait être interprété comme permettant d'accéder à la connaissance de la vie, de la mort et de la renaissance par le truchement du cycle féminin, fut au lieu de cela et en dernier ressort, perçu comme le symbole d'une trahison imputable au genre humain apportant au monde la mort et le mal. La menstruation d'Eve et son expulsion ultérieure de l'Eden fut la cause originelle de la mort destructrice, une mort considérée comme une fin et non comme s'intégrant à un cycle perpétuel. Ce présent fut à nouveau défiguré par la suite, de telle sorte que la sexualité et la fécondité résultant du cycle féminin furent également considérées comme coupables et qu'en étant issu de la matrice, toute vie humaine héritait du mal résidant en celle-ci, c'est-à-dire le « péché originel ». Le présent de la féminité devint alors sa « malédiction ». Bien que la Bible ne mentionne pas le fait, beaucoup de traditions soutiennent qu'Eve serait la seconde femme d'Adam.

La première étant lilith, créée comme l'égale de son compagnon et qui aurait fui l'Eden lors du rejet de sa sexualité. Mais contrairement à Eve, elle aurait déjà possédé toutes les facultés féminines. Elle incarnerait donc finalement l'ange exterminateur, la tentatrice et la mort, c'est-à-dire tous les aspects de la nouvelle lune que craignait la société patriarcale et refusée à la « bonne » et innocente image originelle d'Eve. Une légende post-biblique faisait de lilith une tentatrice déployant une agressivité sexuelle qui la hissait au rang de Satan féminin, régnant sur les instincts primitifs et les plaisirs charnels. L’iconographie médiévale la représentait sous la forme d'un reptile enroulé autour de l'arbre de vie, et souvent avec le même visage qu'Eve. C'est en « séduisant » cette dernière que lilith lui déclencha son propre cycle menstruel, lui révélant en même temps la connaissance de la lumière et de l'occulte, la rendant ainsi, aux yeux des hommes, aussi « mauvaise » qu'elle-même.

Après avoir mordu dans la pomme, Eve la tendit à Adam et, ce faisant, elle lui offrait, par l'entremise de ce fruit, conscience et connaissance de l'arbre de vie. D'autres contes et légendes rapportent qu'il est dit aux hommes qu'ils ne doivent pas cueillir le fruit de l'arbre de vie, car pour eux il est empoisonné. Dans un conte de fées écossais médiéval, cet avertissement était adressé au mortel qu'était Thomas le Rimeur par la Reine de Féerie qui l'avait enlevé pour l'entraîner dans l'autre monde. Etant donné que le fruit de la menstruation renferme la connaissance inhérente au caractère rythmique féminin, les hommes ne peuvent pas le cueillir ; mais les présents dont elle est porteuse peuvent leur être offerts par les femmes qui ont elles-mêmes cueilli le fruit. Cet important et puissant symbolisme présent dans l'histoire d'Adam et Eve a été remplacé par l'image désobligeante de femmes plus faibles que les hommes et causes de leur tentation de s'éloigner du divin au lieu de s'en rapprocher.

Dans certaines cultures, on pensait que le premier rapport sexuel d'une fille avait lieu avec le serpent, et qu'il était à l'origine de la menstruation, alors que dans d'autres, c'était la morsure du reptile qui provoquait le premier saignement. L’Eve présentée dans L'Eveil et l'Eve du jardin d'Eden se sont éveillées à leur féminité grâce à l'intervention du serpent. La connaissance de la vie offerte par le fruit et héritage de la féminité, ne peut être accueillie qu'en acceptant également les énergies sexuelles et créatrices rythmiques du reptile.


EXTRAIT DE LA FEMME LUNAIRE de Miranda Gray -Editions Jouvence

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