Nombre total de pages vues

mercredi 2 décembre 2015

La femme Initiatrice


Et si les héros des quêtes mythologiques et légendaires appartiennent toujours au sexe mâle, c’est aux femmes, en revanche, qu’est dévolue la mission d’impulser et de guider ces quêtes. De la merveilleuse pucelle jusqu’à la sorcière, car la femme est multiple et peut prendre tous les visages, ce sont elles qui animent l’homme, le mobilisent, lui insufflent l’énergie sacrée qui le pousse à agir.



 Et c’est encore elle, la femme, qui est la plupart du temps au terme de la quête. C’est en s’unissant à elle que l’homme acquiert le pouvoir qu’elle détient (car dans la tradition celtique, c’est la femme qui incarne le pouvoir et qui le délègue, pour qu’il l’exerce, à l’homme qui assure auprès d’elle sa fonction virile). Et c’est dans cette union aussi qu’il peut vivre, durant quelques instants, l’expérience du retour à la divinité initiale, avant-goût d’éternité puisque retour à l’état d’incréé qui ne s’inscrit pas encore dans le temps, but ultime de toute recherche spirituelle.
Sans la femme, qu’elle soit mère, sœur, épouse ou amante (mais n’est-elle pas toujours cela à la fois ?), l’homme donc ne peut ni réaliser pleinement son destin d’homme, ni atteindre sa dimension divine et cosmique, ni exercer aucun pouvoir véritable. Et réciproquement, l’homme est nécessaire à la femme pour exercer justement le pouvoir qu’elle lui transmet, pour devenir par elle l’équilibrateur entre les forces du ciel et de la terre dont elle est le réceptacle et la médiatrice et lui permettre de vivre la dimension authentique et totale de sa féminité.
Mais la femme nécessaire à l’homme, celle qui peut le féconder de son énergie et le rendre capable d’affronter tous les dangers, de surmonter toutes les épreuves, d’accomplir toutes les actions héroïques, ne peut être que la femme libre et sacrée, incarnation de la divinité, et non cette image castrée d’eux-mêmes que les hommes des sociétés phallocratiques se sont fabriquée et qu’ils tiennent à leur merci, à leur plus grand détriment d’ailleurs. Et cette femme sacrée est d’essence solaire, comme la Déesse-mère Cosmique, comme Iseult la blonde et les grandes reines de la tradition mythologique, comme toutes les princesses aux cheveux d’or des contes et légendes populaires. Mario Mercier (La Nature et le sacré. Ed. Dangles.) qui l’évoque selon la tradition chamanique (laquelle rejoint en un certain nombre de points la tradition druidique) parle ainsi d’elle : «… la femme, dont le ventre est ouvert aux puissances cosmiques de la fécondation, peut transformer les fluides viciés de l’homme en fluides bénéfiques. C’est pour cette raison qu’elle restera toujours son inspiratrice, car étant masculine sur le plan astral, elle féconde son partenaire à l’aide de son pénis de lumière… »
Chez nos lointains ancêtres indo-européens, il n’était pas besoin de faire appel à une masculinité astrale de la femme, le soleil étant considéré comme l’astre féminin, actif, énergétique et chaud, tandis que la lune était l’astre masculin, froid et passif, que le soleil fécondait. En témoignent les langues celtiques, germaniques et sémitiques où soleil est du genre féminin et lune du genre masculin. Mais l’ordre paternel de la civilisation androcratique a inversé les symboles pour s’attribuer illusoirement le pouvoir actif solaire de la femme qu’il reléguait, ce faisant, dans la passivité lunaire. Or pourtant, que sont les valeurs de cet ordre paternel sinon des valeurs froides : raison, abstraction, science, rigueur, logique, contrôle, ordre, législation, travail, rentabilité… ? Tandis que les valeurs de l’ordre maternel sont des valeurs essentiellement chaudes : sensibilité, sensualité, plaisir, jouissance, amour, créativité, imagination, fantaisie, intuition… Je ne veux pas dire par là qu’il n’y a chez l’homme que des valeurs masculines et chez la femme que des valeurs féminines. Je pense, au contraire, qu’il y a en chacun de nous une part plus ou moins importante de valeurs du sexe opposé, comme il y a toujours du yin dans le yang et du yang dans le yin, ce qui n’autorise pas pour autant à prétendre que le yin est du yang, ni que le yang est du yin.
Les femmes qui apparaissent comme des initiatrices sont toujours dénommées « dames d’amour », de même que l’Alchimie s’appelle aussi « Art d’amour ». Par son corps, la femme initie l’homme aux mystères de la vie, fait retrouver à l’homme le sens de son propre corps, lui permet d’incarner ses théories, de donner vie à ses idées. Les femmes ont la grande chance d’avoir l’âme bien en chair ; et l’approche spirituelle coïncide avec la découverte de sa propre féminité. C’est ainsi que lorsque des mystiques (hommes) parlent de leurs extases, ils s’expriment volon­tiers au féminin. Par exemple Jean de la Croix, dans son Cantique spirituel :
« Où êtes-vous caché, O Bien-aimé,
et pourquoi m’avez-vous laissée gémissante ?
Comme le cerf vous avez fui
Après m’avoir blessée
Je suis sortie après vous en criant, et vous êtes parti. »


Joëlle Sicart est psychothérapeute, spécialiste de la tradition celte

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire