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dimanche 3 janvier 2016

L’ANDROGYNIE GNOSTIQUE


La divinité suprême réunit en elle à la fois les éléments mâles et les éléments femelles ; on dit qu’elle est andro­gyne, cependant, le Principe masculin et le Principe féminin nous sont souvent présentés comme dissociés et l’une des principales caractéristiques de la gnose éternelle est la place donnée à la déesse dans le couple divin. Celle-ci est aussi appelée la Mère divine ; elle exprime la force vitale universelle qui se manifeste et elle est la conscience de la manifestation. La terre et la mer en tant que récep­tacle et matrice de la vie lui sont rattachées.



Le Principe masculin est symbolisé par le ciel. Il est une image de la transcendance ordonnée, sage et juste. Sa grandeur se traduit par un sentiment d’absence qui effraie et attire en même temps. Il est celui qu’on veut être en supprimant la distance et la différence alors que la Mère divine est investie de privilèges exceptionnels pour faciliter l’identification au Père. On sait, par exem­ple, que le culte et les rites de la fécondité liés aux manifestations sexuelles étaient réservés à la Grande Déesse. Ces constantes nous les retrouvons avec des variantes dans toutes les grandes traditions excepté dans le judaïsme, religion exclusive du Dieu mâle.
On a tantôt reproché aux gnostiques de se laisser aller à une sexualité débridée et à des pratiques perverses, tantôt parlé de leur aversion de la chair et de leur propension à une ascèse coupée de la vie. L’étude des Manus­crits de Nag Hammadi permet une vue plus objective et plus nuancée de l’attitude des gnostiques envers la femme, souvent assimilée, dans le judaïsme et dans le christianisme, au démon tentateur.
Les écris gnostiques témoignent du souci de transcender la vision d’un univers scindé en deux entités contraires : Lumières et Ténèbres, Bien et Mal, Esprit et Chair. L’essence de l’univers est, pour le gnostique, au-delà du dualisme, et la gnose se propose de le conduire là où les entités ne sont plus contraires.
La gnose, en invitant l’homme à répondre à la question « Qui suis-je ? » lui demande d’approfondir par l’inté­riorisation sa condition. Il s’agit donc pour lui de se dépouiller de ses vêtements psychiques, organiques, sociaux et historiques. Deux voies s’offrent à lui au dé­part : celle de l’ascèse qui permet de prendre ses dis­tances avec le monde pour mieux se défaire de ses habitudes et de sa torpeur aliénantes, ou celle qui con­siste à se libérer des interdits moraux à commencer par les interdits sexuels, en les bravant et en poussant l’expérience jusqu’à la débauche et la perversion. Ascèse et licence ont finalement le même but : dépouiller l’homme de ses conditionnements afin de l’amener à découvrir sa vraie nature.


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