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jeudi 16 octobre 2014

Histoire de la beauté et des femmes de Lumières



Dès le début du XVIIème  siècle, on entend parler de la guerre des sexes ou « querelle des femmes. » La question de la place de la femme est bien dans les esprits. De nombreux textes la décrivent comme étant malicieuse, imparfaite, pleine d’excès et de diablerie. Au siècle des Lumières, la cruauté féminine l’emporte sur sa légendaire douceur. Le XVIIIème siècle que l’on nommera plus tard le « siècle des femmes », ouvre le débat très animé sur la raison des femmes. Les Lettres, les arts, la philosophie ou encore la médecine en débattent rudement. Comme nous l’a prouvé l’ouvrage écrit sous la direction d’Arlette Farge et Natalie Zemon Davis47, la femme est le lieu de tous les discours. Son énigme fascine les sciences et la médecine. Les femmes s’émancipent et montrent leur intelligence qui les fait échapper à leurs rôles traditionnels. Les « salons » s’ouvrent, le mouvement des précieuses, celui des femmes journalistes ou encore celui des prérévolutionnaires se mettent en marche.

Le sexe faible a le droit de penser et d’exprimer ses idéaux politiques, scientifiques et révolutionnaires. Mais l’égalité des chances n’est pas la même entre les différentes classes sociales. Pendant que les aristocrates allaient exposer leur point de vue aux « salons », les filles du peuple se rebellaient frôlant la criminalité, au risque de tomber dans la prostitution si, toutefois, elles étaient dotées de quelque beauté. L’époque du classicisme flotte entre idolâtrie et religion de la femme réparatrice et sortilège. Prostituée, criminelle, émeutière, sorcière sont les quatre figures qui marquèrent l’image du féminin entre les XVIème et XVIIIème siècles. D’après Sara F. Matthews Grieco la femme fut longtemps confondue avec son corps. La belle dame noble et mince du Moyen-âge, au petit bassin et aux seins hauts, fait place, dès la deuxième moitié du XVIème siècle, à un modèle plus enveloppé. Les hanches et les décolletés sont mis en valeur dans la mode jusqu’au XVIIIème siècle. Alors que les clercs des temps médiévaux voyaient en la beauté féminine la ruse du Malin pour manipuler les Hommes, la Renaissance florentine ne voit que ce qui est beau et bon. De ce fait par nature une belle femme sera obligatoirement dotée de bonté. Ainsi être beau devient non seulement un art mais aussi une nécessité, puisque la laideur est synonyme d’infériorité sociale. En Europe les règles esthétiques sont les mêmes : « […] peau blanche, cheveux blonds, lèvres et joues rouges, sourcils noirs. Le cou et les mains doivent être longs et minces, le pied petit, la taille souple. »

L’art du maquillage se libéralise même s’il est perçu comme altérant le visage de Dieu. Le corps doit être d’un blanc chaste et pur; couleur céleste de la lune. Mais les couches de fard forment parfois un véritable masque qui bloque les expressions du visage. « Castiglione, l’Aretin et Piccolomini ont tous critiqué la rigidité des emplâtres sous lesquels les femmes ressemblent à des « statues de bois » et ne « peuvent plus tourner la tête sans faire pivoter tout leur corps ». »

La « toilette » apparaît au XVIIIème siècle comme un évènement mondain où la femme est la figure centrale. Elle est portée en gloire comme un personnage public voué à la séduction dans l’esprit de la cour de Marie-Antoinette. A la fin du siècle s’achemine une nouvelle esthétique féminine, un retour vers le goût pour le naturel, la grâce et la simplicité. La beauté est mince, longiligne et surtout pâle. Le classicisme est partagé entre la nature et la culture. Le partage des rôles sexuels et ses dangers sont également au cœur des représentations du féminin. Enfin on aboutit pour Françoise Borin à une « Eve-Marie-Pandore » demandeuse de pouvoir politique. « […] Ce Miroir des femmes reflète quelques traits constants, cela malgré les différentes lectures possibles des images et des inflexions de sens que leur donnent les légendes. Dichotomie de l’image féminine : ange/diable, déesse/animal, vie/mort, Eve/Marie, c’est toujours aux extrêmes que se situe la femme, comme si une position moyenne, « normale » lui était refusée. »


Extrait de l’Essai : Relecture des multiples facettes du féminin sacré et profane par Marilyn RENERIC-CHAUVIN École Doctorale Montaigne Humanités

La femme qui est dans son féminin sacré


1) Elle a compris que sa valeur n’avait rien à voir avec sa sexualité
 La femme qui n’est pas dans son féminin sacré pense que sa valeur ne réside que dans ce qui se « voit » à l’extérieur, son physique, sa popularité, la mode, son succès et son argent ou celui de son partenaire. Elle se doit en permanence de plaire sinon elle a l’impression de ne pas exister. Sans le regard validateur des hommes (n’importe lesquels, puisqu’elle ne fait même pas de sélection), elle est incapable de vivre ni de s’aimer. Seule sa sexualité détermine sa valeur. 
La femme qui est dans son féminin sacré a compris qu’elle seule pouvait se définir. Elle a bien compris que sa valeur n’avait rien à voir avec le fait d’être attirante sexuellement pour le sexe opposé ou non. Elle a simplement envie de l’être quand ELLE en a envie elle-même, et non pas parce que c’est sa seule façon d’être approuvée et donc « aimée ». Elle n’a pas envie d’être enfermée dans cette prison qui est de devoir être en permanence désirable pour le sexe opposé, auprès de tous et même d’hommes avec qui elle ne voudrait jamais être. Elle a compris qu’une femme qui entre dans ce jeu en sortira forcément victime un jour. Elle est au contraire une femme libre. 
2) Elle ne souhaite pas être en compétition avec les autres femmes 
La femme qui n’est pas dans son féminin sacré est dans la compétition permanente avec les autres femmes, en particulier si des hommes sont en jeu. Si c’est le cas, elle n’hésitera pas à se ranger du côté des hommes, n’hésitant pas à humilier d’autres femmes, et à se sentir supérieure simplement parce qu’un homme la préfère à une autre. Encore une fois, sa valeur n’est déterminée que par l’attention des hommes envers elle, peu importe la qualité de cette attention.
 La femme qui est dans son féminin sacré ne souhaite pas être en compétition avec les autres femmes, mais est au contraire tournée vers le fait de les aider et de les soutenir. Elle n’hésite pas à partager ses vulnérabilités pour encourager ses « soeurs femmes », les conseiller et les aider à elles-aussi évoluer en tant que femme et tout simplement en tant qu’être humain dans ce monde. En cas de conflits, elle sait prendre la défense des femmes, même si le regard des hommes est en jeu.  
3) Elle ne rejette pas ses qualités féminines par peur de perdre son pouvoir et au contraire les cultive 
La femme qui n’est pas dans son féminin sacré pense que pour se faire respecter, elle doit devenir comme les hommes, et donc par conséquent rejette volontairement toute qualité de son essence féminine. Soit elle rejette même toute forme de féminité physique (cheveux longs, maquillage, robes, etc), soit elle n’a plus justement que la féminité physique, souvent même exagérée (aboutissant parfois à la vulgarité), mais avec une absence de féminité intérieure. Elle recherche les rapports de force, elle rejette la sensibilité, elle prend le fait de s’occuper des autres comme une soumission ou une faiblesse de caractère, elle confond sensualité et vulgarité, et elle fait tout pour se rapprocher au maximum du comportement masculin, pensant que c’est ainsi qu’elle va récupérer son « pouvoir ». Ainsi, elle est bien souvent dans le conflit, les relations de force, et l’échec dans ses relations, pensant que s’endurcir encore plus est la solution, après chaque « déception » qu’elle vivra. Elle vit dans la résistance ce qui l’empêche d’acquérir toute forme de paix intérieure et d’harmonie dans sa vie.

La femme qui est dans son féminin sacré cultive ses qualités féminines qui font son essence même. L’énergie féminine comporte, entre autres, les qualités suivantes : la compassion, la sensibilité, l’écoute, l’empathie, la douceur, l’intelligence émotionnelle, la sensualité, la recherche de l’harmonie, la créativité, la capacité à soigner, à prendre soin de, à s’occuper des autres. Elle est fière de ces qualités et ne cherche pas à les rejeter. Elle ne cherche pas à devenir comme les hommes. Elle a bien compris que le pouvoir ne résidait ni dans la force physique, ni dans la force de la voix, ni dans la manipulation, mais dans la paix intérieure, l’harmonie intérieure, la confiance, l’Amour, et la liberté.

4) Elle se préoccupe de son impact sur le Monde 
La femme qui n’est pas dans son féminin sacré ne se préoccupe pas de l’impact négatif qu’elle pourrait avoir sur les hommes, sur les autres femmes, sur les enfants, et sur le monde. Elle vit au jour le jour et ne recherche que la validation extérieure et la gratification instantanée. Elle ne pense pas aux conséquences de ses actes, auprès des enfants qui la regardent, des hommes qui la regardent, ou des autres femmes qui la regardent. Elle ne pense qu’à elle-même, contrôlée par son égo.  Elle n’a pas compris qu’elle faisait partie d’un tout et donc que tout ce qu’elle faisait agissait sur le reste du monde. Elle n’a pas de valeurs, pas d’intégrité, elle saisit la moindre occasion pour plus d’attention ou de succès extérieur, on peut facilement la corrompre et l’influencer, tant qu’on lui promet plus de succès et d’attention.
La femme qui est dans son féminin sacré, a compris le pouvoir de son énergie féminine, son pouvoir guérisseur, son pouvoir de transformation auprès des hommes, et donc son pouvoir de transformation du Monde. Elle a compris que c’est uniquement avec l’Amour, l’écoute, la compassion, et l’empathie, que l’Homme pourra évoluer, et ainsi, le Monde. Elle a des valeurs, est intègre et incorruptible. La femme qui est dans son féminin sacré a compris l’impact qu’elle pouvait avoir sur les hommes de sa vie et sur les hommes en général qui croiseront son chemin, sur les enfants qui la regarderont et sur toutes les personnes qui l’entoureront, raison pour laquelle elle a décidé d’avoir l’impact le plus positif qu’il soit… « Toute âme qui s’élève, élève le Monde » (Gandhi), raison pour laquelle elle veut ainsi rayonner l’Amour et la lumière, pour transformer en lumière tout ce qu’elle croisera et impacter positivement tout ce qu’elle touchera de ses mains…  
5) Elle n’a pas besoin du regard des hommes pour aimer son corps
 La femme qui n’est pas dans son féminin sacré est victime de la société et est souvent en combat avec son propre corps, recherchant sans cesse la perfection. Elle reproduit ce qu’elle voit dans les médias ou « ce qui plait aux hommes », en se mentant souvent à elle-même, ou alors en s’étant tellement identifiée à ces codes de conduite qu’elle s’en est même totalement oubliée. Elle ne sait plus qui elle est, sans le regard des autres ou sans les modes. 
La femme qui est dans son féminin sacré aime son corps et n’a pas besoin de la validation des hommes pour s’aimer. Elle a compris que son corps était son temple sacré, qu’il fallait le mériter pour qu’elle laisse quelqu’un y entrer, et qu’elle ne souhaite pas être définie par des modes ou des codes de société. Sa beauté est avant tout intérieure, et elle n’a pas peur d’exprimer également qui elle est réellement et ses propres goûts à travers son physique et son style, représentatif de la propre image personnelle qu’elle se fait de la femme qu’elle veut être.
 6) Elle recherche l’alliance avec le masculin sacré et a compris le but spirituel des relations amoureuses

La femme qui n’est pas dans son féminin sacré, est attirée par les hommes qui ne sont pas dans leur masculin sacré. Puisqu’elle ne se respecte pas elle-même, elle n’attire à elle que des relations avec des hommes qui ne la respectent pas non plus. Dans cette course effrénée à la validation extérieure, elle se perd, s’abîme, se déchire, se terni, bien souvent en rejetant la faute sur les autres, sur « les hommes », n’ayant pas compris que tant qu’elle ne changera pas sa vision d’elle-même et de la femme, à l’intérieur, elle ne pourra pas manifester d’autres réalités pour elle…. 
 La femme qui est dans son féminin sacré a une vision très précise de l’homme qu’elle veut à ses côtés, et n’est pas d’accord pour se rabaisser à accepter moins que ce qu’elle mérite. Dans l’absolu, elle n’a besoin de personne pour se sentir complète, elle a ses propres passions, son propre monde, mais dans sa parfaite harmonie intérieure, elle souhaite s’allier à l’énergie masculine sacrée, afin de donner naissance à une union puissante entre deux êtres tous deux désireux de monter l’autre vers le haut, vers l’évolution mutuelle et l’extase physique, émotionnelle et spirituelle.

7) Elle est spirituelle et recherche la constante évolution
La femme qui n’est pas dans son féminin sacré ne fait pas de travail intérieur et n’est pas éveillée spirituellement. Elle n’a pas conscience qu’elle fait partie d’un tout, dans cet univers peuplé de millions d’autres planètes. Elle vit dans une illusion,  ne mettant pas ses priorités et centres d’intérêts à ce qui pourrait au mieux la servir et servir le Monde. Plus les années passent, plus elle devient ternie, sa beauté intérieure n’ayant jamais été cultivée, le poids des années se font sentir, et la lumière interne inexistante ne peut malheureusement pas illuminer son visage et son corps éteint. Son désespoir et sa frustration grandit, elle blâme les hommes et la société, sans savoir que nous sommes tous responsables de la réalité que nous nous créons.
 La femme qui est dans son féminin sacré a conscience de sa place dans le monde, de son rôle et de son impact. Elle est en progression et remise en question permanente. Elle se pose des questions sur la vie et cherche continuellement à devenir une meilleure personne, chaque jour qui passe. Sa beauté intérieure rayonne chaque année de plus en plus, étant donné qu’elle devient de plus en plus sage. Même en vieillissant, sa beauté continue de transparaître, car la beauté est avant tout énergie, et cette énergie invisible est avant tout intérieure, chose qu’elle a bien compris. Il s’agit de la beauté du coeur, de l’amour, de la compassion, et de la douceur. Sa lumière continue d’illuminer chacun et le Monde, même si elle n’a plus les mêmes attributs physiques que dans sa jeunesse, son pouvoir n’est pas diminué, au contraire, elle continue d’inspirer à travers son infinie sagesse et lumière.

(A Lire SUR LE SITE ICI  Par Laura Marie ) 

LA MEMOIRE ENSEVELIE DES FEMMES



Françoise Gange (1944-2011) est une philosophe et une socio-ethnologue française, spécialiste du mythe de la Grande Déesse. Philosophe de formation et diplômée de sociologie, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages.

 




Bien avant la naissance des Dieux, l’humanité était placée sous la protection de la Grande Mère universelle, créatrice des mondes, des éléments et des créatures qui la peuplaient. Matrice sacrée, la terre portait les mystères de toutes les gestations, et chaque élément se trouvait relié au Grand Tout, dans l’immense fraternité du vivant. Cette très longue culture de la Grande Mère fut attaquée en plusieurs vagues, à partir de la fin de l’âge du Bronze, pare nouvel ordre du Père dominant qui, après l’avoir démonisée, réussit à en effacer la mémoire, se faisant passer pour le Commencement. C’est à une relecture des grands mythes fondateurs que nous invite ce livre. Il met en lumière le combat acharné que les héros du nouvel ordre patriarcal ont dû livrer à la très antique culture de la Grande Mère, pour imposer leurs Dieux, dans un panthéon jusque-là féminin. S’inscrivant dans la continuation de ce qui a fait le succès de Jésus et les femmes, Françoise Gange nous amène à retrouver ces chemins effacés vers notre mémoire la plus ancienne : on prendra conscience qu’il a existé d’autres systèmes culturels que celui, au modèle unique, du viril conquérant, c’est-à-dire guerrier, que nous connaissons toujours. L’humanité, réconciliée avec ses deux moitiés, féminine et masculine, doit pouvoir avancer vers un nouvel âge du monde, dans le sens d’une sacralité retrouvée.

Jésus le féministe

Jésus et les femmes est profondément inspirant et va à contre-courant du manichéisme instauré par la pensée patriarcale. Le hasard a voulu que je reçoive en même temps que ce livre, lors de sa première parution en 2001, Les femmes et la guerre de l’auteure québécoise, Madeleine Gagnon. Alors que celle-ci se penche sur la parole des femmes qui ont vécu la guerre ces dernières années, Françoise Gange analyse l’enseignement de Jésus à travers l’évangile selon Marie et les autres écrits gnostiques, prônant la connaissance engendrée par l’unité indissociable de la chair et de l’esprit, occultés par les religions monothéistes et les Églises officielles. Parties de si loin l’une de l’autre, elles se rejoignent pour trouver une même origine à la violence dans la guerre inavouée des hommes contre les femmes, de la naissance du patriarcat, il y une trentaine de siècles, jusqu’aux sales guerres d’aujourd’hui dont les femmes, et de façon générale, les populations civiles sont désormais les principales victimes.

« Après la mort de Jésus, le courant gnostique, qui continuait à diffuser son enseignement, est entré en conflit déclaré avec le courant judaïsant qui cherchait principalement à faire cadrer le message [du Christ] avec les assises du judaïsme… Courant judaïsant qui finira par triompher. » - Françoise Gange, Jésus et les femmes.

En fermant Jésus et les femmes, on est convaincu que l’éradication de la violence et de la guerre ne peut venir que de la reconnaissance, autant chez une femme que chez un homme, de la présence en l’une et en l’autre des attributs du “sexe opposé”. Qui donc voudrait tuer ce qui est partie intégrante de son être ? Ainsi se multiplient les points de rencontres comme autant de zones érogènes tant pour l’esprit que pour le corps. La compréhension devient possible parce qu’il ne s’agit ni de contrôle ni de soumission, ou d’avoir toujours raison, mais d’un pont vers l’autre, d’élargissement de la connaissance et d’une véritable co-naissance.


dimanche 12 octobre 2014

L’Eternel féminin : du mythe au fantasme


Dieu créa l'homme et la femme. Depuis, l'Homme tente de créer l’image d‘un féminin idéal. Cette tentative revêt un caractère sacré et aboutit à une « sur-féminisation ». Nous entendons par là une création, au sens de reflet et d’alter ego de l’artiste. Cette réflexion autant positive que négative reste, dans les deux cas, un cliché. Ce miroitement renvoie à des stéréotypes correspondants aux schémas intégrés par le sens commun comme Vérité.

Mais ce serait oublier que l'image artistique réveille le désir nostalgique de l'Absolu. L’artiste, même s’il se veut en rupture avec le passé, jettera toujours un regard sur ce qui fut grand à ses yeux. Ainsi en bon plasticien, n’oublions pas que le peintre nous ouvre une porte vers l’invisible, vers la sensation. L’image artistique a, de façon primaire, pour quête d’éveiller en nous des possibles que nous n’aurions pas soupçonnés. L’image du féminin nous semble être cette porte sur l’Imaginaire et la symbolique collective. Tantôt dans la foi, tantôt dans la condamnation, ainsi se résume le duel insoluble entre l'humain et le divin.

Comme nous l’avons vu précédemment ce combat naquit en Grèce antique pour se poursuivre dans la culture judéo-chrétienne. L’image, ambivalente et plurielle, irruption du sacré dans la réalité appelle « l’autre » et l’au-delà. Que l’on parle de l’image ou de la femme, toutes deux furent longtemps jugées maléfiques et fixées aux apparences. Elles détourneraient du Vrai. Attachées à la matière, elles se trouvent aux antipodes du logos de l’Eternel. Associé à l’image et au miroir depuis des siècles, le féminin ne cessera d’incarner l’élément trouble. A jamais forcée de contempler sa fragile beauté tel un Narcisse, la femme est condamnée par son genre et contrainte au rôle de muse passive jusqu’aux prémices de l’art actuel. Pour beaucoup de philosophes, si l'image n'ouvre pas sur une percée céleste et reste cantonnée aux beautés terrestres, le spectateur prend le risque de retomber violemment dans la prison du corps. Afin de s’élever, les beautés terrestres doivent être ramenées à l'unité de leur principe invisible : celui de Beauté absolue La figure du féminin dans l’art a pris une place telle qu’elle en est pratiquement indétrônable. Ineffaçable parce qu’elle a investi trop longtemps la première place dans les sujets de représentation, le féminin peut être défini comme étant l’ensemble des traits dominants et permanents considérés comme caractérisant la Femme.

La Beauté est devenue un concept exclusivement féminin. Comme l’a dit Simone de Beauvoir, la femme est une « Idole équivoque ». L’éternel féminin est devenu une norme, c'est-à-dire l’état habituel ou régulier à quoi une femme doit correspondre plaçant les autres dans l’anormalité. L’art nous en propose une réflexion au double sens du terme : tout d’abord au sens de représentation d’une figure, ensuite comme reflet de la pensée d’une société patriarcale. Le féminin dans l’art est l’image réfléchie d’un fantasme masculin. Ces constructions imaginaires au cours des siècles, conscientes ou inconscientes, ont construit peu à peu d’indissolubles poncifs qui hantent la conscience occidentale. Ces représentations imaginaires marquent une rupture avec la réalité consciente. Nier l’impact de ces images sur notre société et culture reviendrait à dévaluer leurs pouvoirs. Nous avons fait le choix de nous concentrer sur le concept de Beauté. Le Tour d’Italie et l’exhumation des antiques provoquèrent le réveil de son culte. 

Nous le verrons, il faudra attendre les XV et XVIème siècles pour observer une revanche du nu féminin. Au cours des âges, le corps de la femme est devenu porteur de grâce quand le corps nu masculin n’offrait aux regards que des qualités de courage et de force. Nous essaierons de montrer pourquoi et comment la Beauté s’est faite femme. Nous tenons également à prendre en compte une histoire trop longtemps méconnue, celle des femmes en Occident.


Extrait de l’Essai : Relecture des multiples facettes du féminin sacré et profane par Marilyn RENERIC-CHAUVIN École Doctorale Montaigne Humanités

L’Image vénérée de la Femme



Dans les sociétés du paléolithique supérieur, où la mère était considérée comme la seule et unique parente, où le culte des ancêtres constituait apparemment la base des rites sacrés et où la généalogie ne tenait compte que de la lignée des femmes, l'image que le clan se faisait du créateur de la vie humaine était celle de la toute première ancêtre, une femme qui fut alors déifiée comme l'Ancêtre Divine.

Les nombreuses statuettes de femmes, appartenant aux cultures gravétienne et aurignacienne du paléo lithique supérieur, nous fournissent la troisième série de preuves, la plus tangible. Certaines d'entre elles ont été datées du vingt-cinquième millénaire av. J.-C. Ces petites figures féminines, faites d'os, de pierre ou d'argile, ont été souvent appelées des Vénus. Elles ont été découvertes sur les emplacements d'anciennes petites communautés, le long de pans de murs affaissés, qui constituaient sans doute les tout premiers abris construits par des hommes sur cette terre. Pour Maringer, ces figurines devaient être placées dans des niches ou dans des trous aménagés à cet effet dans les murs. On a trouvé ces statuettes, dont certaines de femmes visiblement enceintes, dans la presque totalité des sites de La Gravette et de l'aurignacien, dans des régions aussi éloignées les unes des autres que la France, l'Espagne, l'Allemagne, l'Autriche, la Tchécoslovaquie et la Russie.

Ces sites et ces statuettes couvrent une période d'au moins dix mille ans.
 «Il est très probable que ces statuettes féminines représentaient les idoles du culte que les chasseurs de mammouths de l'aurignacien rendaient à la Grande Mère. Ces peuples sédentaires habitaient l'immense territoire eurasien qui s'étend du sud de la France jusqu'au lac Baïkal en Sibérie.» (On pense d'ailleurs que les tribus qui ont émigré vers l'Amérique du Nord, sans doute à cette même époque, et qui sont devenues les Amérindiens, étaient originaires de la région du lac Baïkal.)

La paléontologue russe, Z.A. Abramova, citée par Alexander Marshak dans son livre Les Origines de la civilisation, nous propose une interprétation légèrement différente.
Dans la religion paléolithique, «... l'image de la femme-mère est complexe et reproduit différents aspects de l'importance particulière revêtue par les femmes dans les premiers clans. Elle n'était ni une déesse, ni une idole, ni la mère des dieux; c'était la Mère du Clan...

Les statuettes féminines reflètent l'idéologie de ces tribus chasseresses, à l'époque du clan matriarcal.»


EXTRAIT DE QUAND DIEU ETAIT FEMME de Merlin STONE "La découverte de la Grande Déesse, source du pouvoir des femmes".

samedi 11 octobre 2014

LA REVANCHE DE LILITH



Thérapeute et psychanalyste transpersonnelle, de récentes expériences d’accompagnement m’amènent depuis peu à m’interroger sur l’identité féminine et sur ce qui se joue dans l’intimité homme-femme. Tandis que je méditais les sujets proposés par Rêve de Femmes pour ce numéro automnal, une pensée jaillit des entrailles de ma psyché : derrière la mère qui sature, c'est la femme qui crie sa rage d'être ignorée ! C’est la revanche de Lilith, chassée du paradis pour avoir refusé de se soumettre à une condition féminine imposée par un tiers.

Le mythe fait de Lilith la première femme. Parce qu’elle exprime son désaccord quant à la position à adopter durant l’acte sexuel, elle subit la colère divine et se voit remplacée par Eve, une créature née de l’homme et destinée à devenir la mère de ses enfants. La morale implicite de cette histoire serait que Dieu a voulu la femme pour servir l’homme et lui donner descendance, il serait donc de son devoir et de sa responsabilité de lui obéir ; si elle cherchait à sortir de sa condition, elle serait bannie. Si ce conflit des genres s’est actualisé historiquement à travers un rapport de forces entre sociétés matriarcale et patriarcale -engendrant des inégalités sexuelles - Il met également en scène deux figures archaïques du féminin, ancêtres de la maman et de la putain. 

Première dans le récit, Lilith l’est peut-être aussi dans la structure de notre psyché. Elle serait alors la femme sauvage, instinctive, le féminin brut et mystérieux, l’appel à l’expression libre de soi-même, tandis qu’Eve apparaîtrait comme un féminin « domestiqué » par l’expérience et la confrontation avec les normes de l’environnement. Si comme Lilith, nous aspirons naturellement à épanouir notre identité authentique, nous nous heurtons tôt ou tard aux conventions sociales dominantes (Adam). Se pose alors à nous un choix douloureux : devons-nous privilégier le respect de son intégrité (Lilith) ou la reconnaissance sécurisante du groupe (Eve) ? Autrement dit, sommes-nous prêt(e)s à faire l’audacieux pari de l’autonomie en nous émancipant du joug d’autrui, quelles qu’en soient les conséquences ?

Lorsque nous écoutons nos peurs et nous renions pour épouser les désirs de l’autre (individu ou groupe), nous transmutons notre Lilith intérieure en Eve. En tant que femmes, cela signifie que nous acceptons implicitement de nous subordonner ou de sacrifier notre épanouissement au profit de celui de nos maîtres (généralement le compagnon, l’enfant, l’arbitraire de notre milieu…). Identifiées de gré ou de force à la fonction maternelle, nous nous « dépersonnalisons » pour devenir instrument de bonheur, de plaisir, et nous oublions l'essentiel : prendre soin de nous-mêmes afin de mener à terme la réalisation de notre être. De mères en filles, de générations en générations, nous nous faisons complices de conditionnements socioculturels qui nous encouragent à n'exister qu'à travers notre dévouement à l'autre dans une expiation où Lilith et Eve se rejoignent. N’oublions pas en effet que si Lilith prend le risque de la marginalisation en suivant l’appel de sa vérité, Eve se voit sévèrement punie le jour où elle « craque », prouvant ainsi qu’une posture docile générée par la peur n’est pas tenable sur le long terme…

En juxtaposant plus qu’ils ne les opposent les figures de Lilith et Eve, ce récit fondateur nous révèle que l’une ne va pas sans l’autre car elles sont ombres et lumières de notre féminin blessé. Transposé dans l’espace-temps de notre réalité ordinaire, ce duo s’incarne à travers des mères terrorisées de voir partir leurs enfants, des femmes usées ou frustrées d’avoir trop materné, chamboulées de découvrir qu’elles sont plus qu’une épouse/mère de famille/femme d’intérieur/bonne fille… Etc. Lorsque notre Eve intérieure sature, Lilith n’est jamais loin, opérant une percée spectaculaire (divorce, adultère, changement radical de vie personnelle et professionnelle) afin de nous faire prendre conscience de cette vérité fondamentale : l’appel de la vie est plus fort que la peur. Résister à cet élan c’est s’épuiser dans un combat contre la nature et contre soi-même, en se faisant simultanément victime (Lilith) et bourreau (Eve). Unissons plutôt Lilith et Eve pour guérir nos blessures, délestons-nous de nos peurs inutiles et chevauchons le flux de la vie le cœur en joie.


Extrait de la revue REVE DE FEMMES http://www.revedefemmes.net/
Muriel Rojas Zamudio http://refletsmrz.blog4ever.com 

L’élixir du Féminin


De La Déesse à la vierge

Pour redécouvrir l’essence de la féminité, je me suis plongée dans les différentes figures des Déesses au travers du monde. Magnifique tableau qui ouvre les perspectives de qui nous pouvons être. Mais souvent la Déesse est rouge. Rouge de sang, rouge de vie. Il pulse en elle au rythme de son cœur, gage que sa puissance est reliée à son amour. Quand nous nous connectons à Gaïa ne nous invite-t-on pas à voir du rouge surgir de la terre et nourrir nos racines ? Les premières peintures rupestres étaient d’ailleurs faites de sang ou d’ocre pour rappeler ce sang régénérateur, puissant et fertilisant.

Ce sang de la Déesse est un don aux humains. La tradition hindoue fait d’ailleurs référence à Devî ou Kali. Souvent représentées couchées, jambes écartées, un liquide divin yoni-tattva s’écoulant de leur sexe, recueilli comme un élixir amenant pouvoirs et sagesses, car le sang menstruel est chargé de toute l’énergie de la Déesse. Le boire c’était se l’approprier, faire siens ses potentiels et pouvoirs. Les jeunes femmes, prêtresses d’anciens cultes, se devaient souvent d’être vierges. Ainsi elles gardaient leur pureté et leur reliance intacte. Mais pour le coup, elles s’attiraient la convoitise des hommes avides de s’abreuver des qualités de cet élixir de la Déesse.

Dans le don de son sang aux femmes, la Déesse leurs permet ainsi d’être fécondes, d’être la vie. Il n‘est pas alors teinté d’impureté. Bien au contraire, il est alors le symbole vivant de la Déesse. Les femmes vivent alors en elles la Vie, ses cycles, ses mouvements. Les femmes peuvent être en lien direct à la vie et à tous les mystères.

Il devient alors magique et se retrouve dans l'alchimie (l'œuvre au rouge) et la magie rouge, il devient le fils d'initiation et de protection rouge dans de nombreuses traditions. La voie amérindienne s'appelle d'ailleurs la voie rouge... La voie du sang, la voie de la vie.

Ce n’est que plus tard qu’il est devenu impur, pour les sociétés qui ont tenté d’éradiquer la Déesse, ou pour celles qui fonctionnaient uniquement sous un mode patriarcal.


... la suite dans la revue n°15...

Elli Mizikas

Extrait de la revue REVE DE FEMMES