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mercredi 2 janvier 2019

2019, à l’heure du réveil des Sorcières




J’ai beaucoup réfléchi avant de me lancer dans la rédaction de cet article sur les Sorcières. Non pas que j’ai une crainte, mais plutôt que je ne sais toujours pas comment ce que je vais dire va être perçu.

A l’origine était la Femme…

Comme je vous le disais dans mon article sur le Féminin Secret, au départ, Dieu était Femme… L’évolution sociétale, ainsi que religieuse a fait en sorte de voir la femme perdre son statut de détentrice de la Vie, au profit de celui de gardienne du foyer…


Mais qu’est ce donc une « sorcière » ?

Selon Odile Chabrillac dans son fabuleux livre « Âme de sorcière, ou la magie du féminin »,  « la sorcière est une femme qui parle, qui ose, qui vit sans se soumettre ni négocier. Elle assume son corps et vibre à son diapason : nudité, polyamours, puissance des menstruations, elle danse sa vie à l’infini. Nul doute que c’est pour cette raison (consciente et parfois inconsciente) que de nombreuses sorcières ont été pourchassées. La plupart d’entre elles ne faisaient pas mystère d’assumer leur féminité, leur sexualité ou d’aider les autres à l’assumer. »

La première sorcière à être brûlée l’a été en 1275 à Toulouse. Au 14èm siècle, les chasses aux sorcières se sont intensifiées  en Europe, car la peste faisait rage, et il fallait trouver un bouc émissaire. Sous le règne de Philippe le Bel. Il ordonna le massacre de toutes les personnes qui exerçaient la médecine naturelle, les soins par les plantes.

Ces femmes, car il s’agissait majoritairement de femmes, furent incarcérées, torturées, en même temps que les templiers. Ils furent pourchassés simultanément. Les premières, car elles faisaient de l’ombre à ceux qui commençaient à étudier la « médecine » , les seconds car ils étaient des adeptes de la médecine naturelle, et qu’ils étaient également les banquiers de l’état et qu’ils avaient acquis trop de pouvoir. Cette chasse s’est intensifiée et a continué bien longtemps après la disparition des croisés.
Les femmes ont peu à peu, et ensuite de plus en plus, été pourchassées. Parce qu’elles étaient « sage-femmes », mais aussi « faiseuses d’anges », elles conseillaient la population, trouvaient des solution pour résoudre les conflits…

Cependant, ce n’était pas tout. Ces femmes sages habitaient en retrait de la société. Elles vivaient volontairement isolées dans la nature qui était la source de leur inspiration, mais aussi de leur  magie. Elles vivaient en communion avec cette Terre Mère.

Et cela dérangeait! Elles étaient incontrôlables. Les hommes de pouvoir ne savaient pas avoir main mise sur elles.

Ils ont donc, malgré leurs qualités, commencé à les pourchasser, les détruire.

Cependant, ces hommes, imbus de leur pouvoir nouveau ne se sont pas limités à cela. Il fallait briser la volonté féminine. Et vite!

Ils ont donc commencé à arrêter les femmes seules, celles qui héritaient, celles qui élevaient seules leur enfant, les veuves, toutes les femmes non soumises à l’autorité d’un homme.

sur le territoire de l’Europe, entre le 14e et le 18e siècle ; ce sont plusieurs centaines de milliers de personnes qui ont été assassinées. Un génocide quand on y pense.

Cependant, ce génocide là, personne n’en parle. Personne ne s’en défend, ni s’en excuse, même rétrospectivement.

Pour la simple et bonne raison ces hommes qui en ont été à la source étaient soient des hommes d’état, mais aussi et surtout  des ecclésiastiques.

Or, personne ne remettra jamais ce genre de décision en question.

Quand la sagesse se fond dans la nature…

La seule solution qui restait aux sorcières, était de se fondre dans la nature, de disparaitre pour pouvoir survivre.

Or, le mal ne s’est pas arrêté pour autant.

Le pouvoir religieux a continué à s’acharner sur ces femmes, en détruisant leur image bienveillante, et en la remplaçant par ce que maintenant tout le monde connait.

Dans la tradition, depuis cette époque, les sorcières sont tordues, elles ont le teint vert, un nez crochu, des verrues sur la face et j’en passe.

Elles sont méchantes, jalouses, détestent les petits enfants, leur font du mal, les mangent, leur suce leur jeunesse et leur force vitale pour pouvoir être éternelles.

Il suffit de regarder les contes européens, voir ce que la chrétienté à fait dans ces précieux textes, pour bien se rendre compte de la destruction consciencieuse de la sorcière.

Fort heureusement pour nous, les choses changent peu à peu. une « mère-veilleuse » écrivaine a commencé à retravailler les contes européens, pour les remettre dans ce qu’ils devaient réellement être. Clarissa Pinkola Estès, étant ethnologue, spécialisée dans les contes et légendes a lentement détricoté les images biaisées pour rendre son lustre à nos contes. Son livre, « Femmes qui courent avec les loups » a été a la base de mon travail qui allait couronner mon cursus de thérapeute en constellation familiale. Je vous encourage à le lire.

Durant des décennies, les sorcières sont restées dans l’ombre. Alimentant leur haine de celles et ceux qui avaient provoqué leur chute.

Elles ont cependant continué à travailler pour ceux qui en avaient besoin, mais se sont pour la plupart coupée de leur pouvoir de vie, pour devenir les sorcières noires que l’on peut encore retrouver un peu partout dans le monde.

Depuis cette noire période de destruction massive, une ombre sombre pèse sur le dos de ces femmes. Fort heureusement, la modification énergétique de la terre est en train de faire ressortir au grand jour celles qui sont les détentrices de la magie de la vie.

Résurrection ?

Depuis quelques années, la littérature, le cinéma diffuse une autre image des sorcières. permettant de réhabiliter peu à peu ce qu’elles sont, mais aussi de les faire remonter au grand jour.

Combien de fois, depuis que je suis petite, n’ai je eu envie de clamer haut et fort qui je suis ? Sans jamais le faire jusqu’il y a peu.

En effet, je suis une Sorcière moderne. Je suis une magicienne de la vie. Je soigne le physique et le mental de mes patients. Je travaille avec les énergies les plus hautes, avec les énergies Archangéliques, mais aussi du Féminin Sacré, et je suis une sorcière.

Il y a longtemps que je le sais, car je suis une sorcière née. Mais il m’a fallu du travail sur moi pour arriver à me mettre en paix et guérir les souffrances que je porte en moi pour toutes ces femmes qui avant moi ont été torturées, détruites, séquestrées…

Me mettre en paix avec moi même m’a demandé de pouvoir avant toute chose, accepter ma part d’ombre. Car plus la lumière brille, plus les ténèbres sont fortes. On ne voit en effet pas la lumière si il fait grand soleil. On ne la verra que dans les ténèbres les plus denses.


« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » dira la Magie Divine, mais elle dira également que « tout existe parce que son contraire existe. » Vous comprendrez donc aisément que pour pouvoir reprendre mon entière place dans la Lumière, il m’a fallu aller au plus profond de mes Ténèbres.

De cette manière, la boucle est bouclée. Travailler sur soi, m’a permis de me pardonner, mais aussi de pardonner aux autres.

Tout comme je l’ai fait pour moi, je me suis peu à peu spécialisée dans les soins qui permettent d’aller à l’origine, guérir les lésions faites aux sorcières, mais aussi aux femmes. Cela permet, à tous ceux qui le souhaitent d’aller retirer les parts de nous en souffrance. Ces parts qui ont été réceptrices des « malédictions » de toutes ces femmes en souffrance.

Je suis persuadée que si l’on pouvait retourner dans nos lignées, nous aurions, tous et toutes un ou une ancêtre qui a été brûlé sur un bûcher. Or, cette âme torturée n’a pas été la seule à souffrir. C’est tout l’inconscient collectif qui porte ces plaies.

Ce sont tous les êtres humains qui entretiennent ces parts de souffrance.

Être sorcière aujourd’hui ?

Il est bien évidemment plus facile, voir confortable d’être sorcière à l’heure actuelle. Il suffit de regarder la presse, les médias, les blogs pour retrouver un tas de femmes qui osent clamer haut et fort ce qu’elles sont, ou ce qu’elles deviennent.

Au départ, j’avais tendance à dire « on ne devient pas sorcière, on l’est » ? Cette phrase est aussi bien vraie que fausse. En effet, je peux maintenant observer dans mon travail, l’émergence de la Magie, mais aussi de la capacité qu’acquiert l’être humain de se connecter à la Magie de la Nature.

Il y a donc à l’heure actuelle deux sortes de sorcières.

Celle qui sont, peu nombreuses, et qui sont comme moi des sorcières nées. Elles ont décidé, tout comme moi de reprendre leur place mais aussi d’ouvrir le chemin pour toutes les autres.

Il y a également et c’est un phénomène relativement nouveau, celles qui décident d’apprendre et de devenir à leur tour sorcières.


Cela est maintenant rendu possible grâce au changement de l’Energie de notre terre.

Nous recevons à l’heure actuelle une vague d’énergie telle, qu’il est essentiel pour nous pouvoir survivre, de nous aligner en augmentant notre taux énergétique.

Des scientifiques à travers le monde calculent le taux d’énergie de la terre, et ce taux qui a été stable depuis l’origine, est en montée constante. Pour que l’humain puisse survivre à cela il doit s’adapter. Notre corps se calque donc sur la montée d’énergie de notre terre, et nous augmentons à notre tour notre taux énergétique.

C’est donc à partir de ce moment que certaines personnes éveillées ont ressenti l’appel et eu le besoin de s’intéresser à la Magie. Bien entendu, des écrivains populaires tels que J.K. Roling et son Harry Potter ont bien sûr permis l’explosion de nouvelles consciences sorcières.

extrait de l’article de Nathalie Pevenage  Site web : www.lithosetangelique.be


dimanche 10 juin 2018

Harmoniser les énergies masculines et féminines



Dans la tradition tibétaine, l’énergie est envisagée selon deux points de vue différents. D’une part, la tradition bouddhiste et d’autre part la tradition pré-bouddhiste. Cette dernière, très ancrée dans la culture tibétaine, est une façon chamaniste de se relier aux énergies, c’est à dire celles de la nature comme les énergies de l’eau, des arbres, des montagnes... Le bouddhisme en parle de façon assez différente ; mais ces deux approches sont utilisées dans la tradition tibétaine.

Dans le bouddhisme, les pratiques liées à l’énergie relèvent principalement de la tradition tantrique. Elles sont d’abord apparues en Inde et s’y sont beaucoup développées. Puis cette tradition a été importée au Tibet au huitième siècle et transmise à des groupes restreints, donc peu connue du public. Aux onzième et douzième siècle, une seconde vague d’importation a donné une grande popularité à ces pratiques tantriques qui ont commencé à devenir publiques et connues de tous.

Dans ces pratiques tantriques, l’énergie est personnifiée sous forme de dieux et de déesses que j’appelle "déités" faute de trouver un terme précis. Bien qu’il s’agisse d’énergies, de principes et non de personnes, elles sont représentées de cette façon. À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit des mêmes dieux et déesses que dans le chamanisme. En fait, bien qu’extérieurement ce soit des formes divines dans les deux cas, l’idée en est très différente. Dans le bouddhisme, ces formes sont des représentations symboliques de l’énergie.





Je vais essayer de l’expliquer autrement.

La plupart des religions et des voies spirituelles utilisent le niveau énergétique alors que notre façon ordinaire de nous relier au monde, à la soit-disant réalité extérieure normale, se fait à un niveau plus matériel. Nous croyons et agissons avec ce que nous pouvons sentir, voir, toucher... mais nous n’allons pas au-delà consciemment. Or les gens ordinaires, dans la vie normale, sont tous en contact avec l’énergie, même s’ils ne le savent pas. Nous n’utilisons donc pas cette faculté. Nous vivons avec la soit-disant réalité que l’on peut voir et entendre. Je l’appelle la "soit-disant" réalité car nous croyons à une réalité, là, à l’extérieur, sans aller au-delà. Alors que les religions et les voies spirituelles essayent de dépasser ce niveau et d’aller vers quelque chose d’autre, c’est ce que nous appelons le niveau énergétique.

Nous souhaitons tous que notre vie normale soit harmonieuse, heureuse et positive et nos actions sont orientées vers ce but. Pour cela nous essayons d’éviter ce que nous n’aimons pas et d’obtenir ce que nous pensons être bon pour nous. Même si nous disons que nous avons quelque chose d’important à faire, un but spécial, une expérience à vivre... quoi que l’on fasse, nous tentons de changer les évènements extérieurs pour attirer ce que nous voulons et repousser ce qui nous est désagréable. Toutes nos actions sont orientées de façon à manipuler la soit-disant réalité que nous croyons extérieure, séparée et indépendante de nous-mêmes. On ne dépasse pas cette croyance et on agit en conséquence. C’est notre façon de vivre.

Le chamanisme croit à l’existence d’un arrière-plan beaucoup plus puissant, au-delà de notre monde normal et essaie de joindre ce niveau. Il est plutôt relié aux esprits de la nature et en cas de problèmes dans la vie courante, il tente d’intervenir avec ces puissances invisibles pour modifier ce problème. L’énergie est un autre type de réalité. La plupart des gens en Occident pratiquent la méditation dans l’espoir d’améliorer les conditions de leur existence. S’ils se tournent vers la méditation ou les pratiques avec l’énergie, c’est aussi en croyant à quelque miracle qui va transformer les situations désagréables et apporter l’harmonie dans leur vie, dans la même optique que ce que nous venons de développer. En fait ils ne savent pas réellement ce qu’est la méditation.

Dans la perspective bouddhiste, la méditation est envisagée de façon tout à fait différente. On sait qu’en faisant telle ou telle pratique, on va se développer intérieurement et se transformer. Il y a certaines causes inhérentes à nous-mêmes dans une situation extérieure que nous n’aimons pas. Ce sont ces causes intérieures qui ont besoin d’être changées, ce qui se fait à travers la méditation. Cela n’a rien de miraculeux, on sait comment intervient ce changement. On procède ainsi d’étape en étape en se développant et en allant vers une transformation. Mais bien souvent, vous vous asseyez pour méditer dans l’espoir de ceci ou cela, ce qui n’est pas une vision bouddhiste des pratiques. Dans le bouddhisme, on va progressivement d’étape en étape comme dans un apprentissage normal où on établit d’abord une base sur laquelle on construit pas à pas en apprenant progressivement de plus en plus. La méditation, qui est aussi un travail avec l’énergie, comprend plusieurs niveaux et beaucoup de méthodes différentes pour l’aborder.

Si on en revient au point de vue religieux, on peut différencier deux façons d’utiliser l’énergie au niveau chamaniste. L’une consiste à se relier à une énergie de la nature et à lui demander d’utiliser son pouvoir, sa force pour modifier en notre faveur une situation désagréable. Nous prions les divers esprits auxquels nous croyons pour qu’ils changent ce problème. L’autre façon consiste à contacter ces mêmes forces naturelles pour qu’elles viennent renforcer notre propre énergie intérieure et c’est nous-mêmes, avec notre propre énergie devenue très puissante qui traitons la situation. Ces deux voies chamanistes diffèrent de la façon ordinaire dont nous traitons habituellement les problèmes avec l’aspect matériel et extérieur des choses. Mais ces méthodes essaient toujours d’intervenir sur les évènements extérieurs de notre vie de façon à obtenir ce que nous désirons et à éviter ce qui nous est désagréable.

Le bouddhisme tantrique a une approche similaire. Il y a des pratiques dans lesquelles on invoque des énergies extérieures ou des déités afin qu’elles utilisent leur pouvoir pour changer notre situation. Et d’autres pratiques où on s’identifie avec la déité pour renforcer notre propre énergie et, ensemble, régler notre problème.

Par contre les types d’énergie manipulée dans le chamanisme et dans le bouddhisme sont très différents.

Dans le chamanisme, il y a cette idée de se relier aux énergies naturelles présentes dans toute la nature mais particulières à certains endroits comme des lacs, des montagnes... et ces énergies sont assimilées à des esprits avec lesquels on peut communiquer ; c’est-à-dire leur parler, ou leur demander d’accomplir quelque chose pour nous et ils nous donnent une réponse, c’est ce que nous entendons par communiquer en tant qu’être humain. On leur fait également des offrandes pour les satisfaire et, en échange, ils nous envoient des signes ou des messages ou certaines de nos conditions auront changé sans que l’on puisse expliquer logiquement comment.

Le deuxième niveau est plutôt réservé aux chamans. Il s’agit d’intégrer, de laisser entrer en soi cette énergie très puissante et de développer ainsi des capacités non accessibles aux humains ordinaires. Ou encore d’atteindre d’autres dimensions comme le monde des esprits par exemple.

Dans le bouddhisme, s’il y a une similarité dans les méthodes, les énergies sont comprises de façon totalement différentes. Il est aussi possible de s’adresser aux déités pour obtenir aide et protection ; et dans une autre voie de s’identifier soi-même à la déité en s’unifiant à l’énergie qu’elle représente. Mais ces déités sont des formes symbolisant l’unité de la vacuité et de la compassion. La vacuité et la compassion ne sont pas l’énergie de l’eau ou des rochers, c’est une autre dimension. On saute à un autre niveau complètement différent.
Il y a ce que j’ai appelé des "déités". Sans aller dans les détails, il y a d’abord une sorte de Bouddha primordial, le plus élevé, qui se manifeste sous la forme de cinq Bouddhas dont chacun d’eux donne naissance à son tour à des centaines et des centaines de déités différentes. Ces nombreuses déités sont toutes des émanations de ces cinq Bouddhas, eux-mêmes émanations du Bouddha primordial, représenté de couleur bleue.

Les cinq Bouddhas sont reliés principalement à nos énergies mentales. L’un est relié à l’aspect énergétique de la haine, un autre à celui du désir, un autre à celui de l’envie et de la jalousie... Il ne s’agit pas dans ce cas-là de la haine ordinaire, mais de la transcendance de la haine, de la haine transformée en une forme de sagesse. Donc, chacun des Bouddhas représente la transcendance d’une forme particulière d’émotion sous forme de sagesse.

Les cinq Bouddhas ne sont pas seulement reliés à nos énergies mentales mais aussi à celles de l’univers c’est à dire aux différents éléments comme la terre, l’eau, le feu... également sous leur aspect transformé ; non pas les énergies de la nature telles que nous les connaissons sous leur forme grossière mais ces énergies transcendées. Le chamanisme utilise ces énergies à leur niveau le plus naturel, le plus manifeste, alors que le bouddhisme va travailler sur la transcendance, sur l’aspect transformé de ces énergies, c’est à dire au-delà de la dualité, au niveau de l’union de la vacuité et de la compassion.

D’un point de vue pratique, il existe beaucoup de méthodes pour atteindre cette unité de l’énergie. Bien sûr il ne faut pas penser y arriver, comme cela, rapidement. Mais on peut faire des pratiques et s’en approcher progressivement.

Nous possédons en nous un certain type d’énergie que j’appelle "l’énergie corps/esprit", terminologie particulière que j’emploie mais que vous ne trouverez pas dans les écrits bouddhistes. Elle n’est ni tout à fait physique, ni tout à fait mentale mais relie ces deux niveaux. L’énergie corps/esprit se manifeste de deux façons : l’une, très subtile, c’est l’énergie des chakras, utilisée dans les pratiques tantriques, qui permet d’aller au-delà de la dualité, vers l’unité ; et l’autre, plus grossière. Nous allons travailler ici ce niveau moins subtil en essayant d’unifier en nous les énergies féminines et les énergies masculines.

[...]

Comment l’énergie se manifeste-t-elle en nous-mêmes ? D’une façon plus extérieure à travers les pensées et le conceptuel, ou plus intérieure par le ressenti et l’intuition. Elle est d’un côté plus active, de l’autre, plus paisible. Le bouddhisme tantrique n’emploie pas les termes énergies masculine et féminine mais parle d’énergie "père" et "mère", ce qui désigne plutôt le niveau de l’énergie des chakras. C’est similaire, néanmoins ils expriment quelque chose de différent. Les mots père et mère sous entendent l’arrivée d’une troisième personne : l’enfant. Sans enfant, il n’y a pas de père, ni de mère. Le but final de la pratique de l’énergie père-mère est une troisième énergie, alors que les termes masculin et féminin n’ont pas cette idée sous jacente (un peu comme homme-femme en regard de père-mère). Quand je fais les enseignements sur l’énergie, je parle de masculin et de féminin mais leurs qualificatifs d’activité et de passivité se retrouvent dans le bouddhisme et la tradition tibétaine.

La tradition chamanique se sert de déités ou des esprits de la nature pour se relier à l’énergie. Ils sont divisés en deux catégories : les uns plus féminins, les autres plus masculins, mais on ne parle pas de père ou de mère. Les esprits de la terre ou de l’eau sont féminins, ceux au-dessus de la terre, de l’air, de l’espace, sont masculins. Dans la tradition tantrique, c’est l’aspect maternel dont parlent les textes concernant les déités féminines comme Tara ou Prajnaparamita.

Elles représentent la Sagesse fondamentale d’où naquirent tous les bouddhas. Elles sont décrites comme des déités féminines, mais symbolisent, en fait, le côté maternel de l’énergie.

Quoi qu’il en soit de ces questions de terminologie, le fait est que nous possédons tous ces deux types d’énergie. Il y a un type d’énergie plus tourné vers l’intérieur, vers les sensations, plus calme ; un autre type d’énergie tourné vers l’extérieur, le conceptuel, le mouvement, plus actif. Quoi que nous fassions dans la vie courante, nous avons besoin de ces deux énergies et il est important qu’elles fonctionnent ensemble, de façon équilibrée, en se soutenant l’une l’autre. Si elles s’opposent, on a des problèmes. Quand je dis équilibré, ce n’est pas une égalisation mathématique, cinquante-cinquante entre les deux formes d’énergie. Tout dépend de la situation. Il y a des moments où nous avons plus besoin d’énergie masculine plus extérieure, plus active ; l’énergie féminine est encore présente, elle ne s’oppose pas à la première mais la soutient. L’expérience sera donc plus harmonieuse. Pour une action plus extérieure, il y aura des problèmes si l’énergie féminine prédomine. Et si les deux énergies sont à égalité, rien ne va fonctionner. Mais équilibre ne veut pas dire la même quantité dans toute situation ; suivant ce que nous faisons nous avons besoin des deux types d’énergie et elles doivent se soutenir l’une l’autre.

En fonction du contexte culturel, l’énergie va se manifester de différentes façons. Dans une civilisation trés rationnelle, le type d’énergie qui va vers l’extérieur est privilégié, alors que le type d’énergie allant vers l’intérieur ne fonctionne pas tellement bien et pose plus de difficuItés. Lorsque notre niveau énergétique est sain, c’est-à-dire qu’il y a équilibre entre énergie féminine et énergie masculine, celle dont on a besoin va s’activer d’elle-même en fonction des circonstances et de la situation. Bien sûr, chacun de nous a une spécificité énergétique : certains sont plus naturellement portés par leur énergie masculine, d’autres le contraire. Dans une société rationnelle comme celle-ci où l’énergie masculine est soutenue par la culture, trés conceptuelle et tournée vers l’extérieur, les personnes dont l’énergie féminine est dominante vont avoir des problèmes. L’attitude mentale, l’énergie, tous les aspects de la société s’orientent vers l’extérieur, vers l’action, vers le rationnel et, de ce fait détruisent l’autre face de l’énergie. Il y a donc déséquilibre.

Dans une société plus traditionnelle, la culture elle-même favorise l’équilibre des deux types d’énergie qui ne s’opposent pas l’une l’autre. Comme je le disais précédemment : dans ces cultures, si la situation demande plus d’énergie masculine, ou une énergie féminine plus forte, elles s’activent par elles-mêmes, de façon naturelle selon les besoins, sans effort de votre part. Tandis que si la culture ne soutient pas ou manque d’un type d’énergie, cela ne fonctionne pas bien.


Ici, en Occident, nous avons besoin de nous relier à l’énergie située dans la région du nombril qui nous ramènera vers l’intérieur et plus de sensations (feeling). Je pense que c’est ce dont les gens ont le plus besoin dans cette culture rationnelle et conceptuelle pour rééquilibrer les choses. Il en va différemment dans une société plus traditionnelle. Les gens n’ont pas réellement besoin de travailler dans ce sens car ils le font normalement, étant restés plus proches de l’état naturel. Ils travailleraient avec l’énergie d’une autre façon. Mais dans le cadre de la société dans laquelle nous vivons, il me semble que la première nécessité est d’utiliser le type d’énergie allant vers l’intérieur, que l’on peut contacter au niveau du nombril, pour nous relier à nous-mêmes, aux autres, aux situations.

On peut contacter l’énergie en se concentrant sur différents points du corps : au niveau du nombril, de la tête ou du coeur. Ou bien on peut s’aider de déités. Les déités féminines les plus courantes dans le bouddhisme sont Tara, Prajnaparamita ou Vajrayogini. D’autres seront un support pour le côté masculin. Ou bien encore, dans une optique chamaniste, on se reliera à des esprits de la nature plutôt féminins : ceux de la terre ou de l’eau. Cela dépend des personnes mais cette troisième possibilité peut amener des complications. C’est assez difficile de se relier aux esprits sans être soi-même bien équilibré et solide. La méthode bouddhiste et sa façon d’utiliser les déités est préférable.

L’énergie ne se contacte pas uniquement au niveau mental mais aussi par le ressenti. C’est ce que j’appelle l’énergie "corps/esprit". Par exemple, quand on se place au niveau de la tête, on contacte une énergie plus active, qui se dirige vers l’extérieur ; alors que celle correspondant à la zone de l’estomac et du nombril est plus intérieure, plus paisible et en rapport avec les sensations.

[...]

Extraits d’une conférence de Tarab Tulku donnée à Paris en mars 1998

vendredi 15 décembre 2017

Chamane et Prêtresse



La femme, qui acquiert la connaissance de son cycle et de ses composantes énergétiques, prend aussi conscience de la vie à un niveau situé au-delà du visible. Elle possède la clé intuitive lui permettant d'accéder aux énergies de la vie et de la mort, de même que la perception de la divinité qui réside en elle et dans la terre. Cela permet non seulement l'influence réciproque de la femme et des aspects visibles, ordinaires de sa vie, mais aussi celle de la femme et des volets invisibles, spirituels de son vécu. C'est grâce à cet état de conscience modifié menstruellement que la femme chamane et médecin, ainsi que plus tard, la prêtresse, mettront leurs facultés, leur savoir et leur rapport avec le divin au service du monde matériel et de sa communauté. Guérison, magie, prophétie, enseignement, inspiration et survie procèdent de leur aptitude à percevoir deux univers, à évoluer dans l'espace qui les séparent et à pratiquer la transposition réciproque des expériences vécues dans l'un et l'autre.

La suprématie masculine croissante au sein de la société et des sphères religieuses a conduit au déclin de la femme chamane et prêtresse, jusqu'à ce que finalement, les hommes occupent leurs positions et remplissent leurs fonctions. Le rôle de la prêtresse a été si profondément et totalement réprimé que les femmes ne jouent plus aucun rôle actif au sein de l'institution religieuse. Le statut moins formel de la femme avertie - la sage - ou de la sorcière peut perdurer dans la « clandestinité » devenant l'ultime lien avec les antiques religions matriarcales.




La sorcière du village était experte en magie de la nature, en l'art de guérir et en « communication », créant une interaction entre elle et son cycle menstruel, les saisons et son moi intuitif profond. Elle offrait son aide et ses conseils lors de la naissance et de la mort, était un facteur d'initiation et d'évolution individuelle à l'occasion des rites de passage, de même qu'elle présidait aux transes rituelles apportant à la communauté cohésion, inspiration et fécondité. Elle apportait l'équilibre de la conscience et des facultés féminines à une société et une institution religieuse dominées par l'homme.

Malheureusement, ces facultés féminines étaient évidemment une menace pour l'édifice social masculin, et, au Moyen Age, les persécutions dirigées contre les sorcières ont en fait anéanti la tradition de « femme éclairée ». En conséquence, en s'en prenant à elles, les persécuteurs reconnaissaient leur pouvoir ; mais la suppression effective du statut de la sorcellerie est victime de la négation de ces facultés féminines par la société. La sorcière devint alors un objet de désunion que les livres pour enfants et la fête d'Halloween (veille de la Toussaint) présentent sous les traits d'un personnage comique. Les premières sanctions prises à leur encontre, puis l'endoctrinement ultérieur mettant l'accent sur la peur et la honte ont dissuadé les femmes d'exprimer leurs aptitudes et leurs besoins de réactualiser la tradition. Les effets directs de leurs persécutions se traduisent encore aujourd'hui, au sein de la société, par le manque d'enseignements spirituels, d'archétypes ou de traditions reconnaissant le caractère de la femme et de ses facultés, ainsi que de conseils dans leur mode d'emploi.

Le refus de nous accorder la possibilité de vivre notre spiritualité de manière active nous oblige à accepter une institution religieuse dominée par l'homme. Afin d'en prendre conscience, nous devons rester « à l'extérieur » de la religion masculine et de celle pratiquée par la majorité de la communauté - attitude difficile à adopter en raison de notre éducation et pouvant induire une forte crainte due au manque de conseils en la matière. La répression de la spiritualité féminine est un phénomène relativement récent dans l'histoire de l'humanité, mais elle s'est opérée de manière si totale que la spiritualité féminine n'a laissé de traces que dans le folklore, l'archéologie, les mythes et les légendes occidentaux, ainsi que dans le besoin de notre ressenti.

La position sociale de la femme s'étant améliorée au cours du vingtième siècle, le besoin croissant d'une spiritualité féminine s'exprimant sous une forme reconnue s'est manifesté. Aussi sous notre pression, certaines églises chrétiennes ont accepté notre accession à la prêtrise mais, bien que cette admission nous reconnaisse en êtres doués d'une conscience spirituelle, elle nie notre caractère féminin. Ainsi, le terme « femme-prêtre », employé au lieu de « prêtresse», fait de nous un « prêtre honoraire », ignorant notre caractère et nos facultés.

Une femme ne peut être prêtre en raison de sa féminité, mais c'est cette féminité même, et la sexualité qui y est associée, qui l'unissent à la conscience du divin, aux rythmes biologiques et à l'univers. La prêtrise nous confère un rôle spirituel reconnu, mais rien de plus. La qualité d'être spirituel est inhérente à la nature et au corps de la femme.

L’aptitude que possède celle qui est tout à la fois une prêtresse, une sage, une chamane et une sorcière peut intervenir comme médiateur des puissances divines. Elle est l'héritage de toutes les femmes et provient de la conscience qu'elles ont d'elles-mêmes. Devenir prêtresse. C’est explorer son monde intérieur. L’image d'une femme tenant un calice n'a pas la même signification que celle d'un homme faisant la même chose, que ce fait soit reconnu sur les plans conscient ou subconscient, et c'est peut-être la raison pour laquelle les femmes vont « prendre la suite » à la tête de l'institution religieuse. Il est nécessaire de redonner vie aux deux images qui doivent être équilibrées, non antagonistes, chacune étant acceptée de plein droit. Les mythes de la femme et de l'homme ne sont pas identiques, mais ils ne sont pas indépendants l'un de l'autre ; ils sont la trame et la chaîne complexes d'une même étoffe aux coloris harmonieux et équilibrés.



Autrefois, le caractère lunaire des femmes était reconnu comme le lien les unissant à l'univers. Son corps était le médiateur qui lui permettait de constater intuitivement que la vie, dans sa diversité, est un tissu de relations réciproques infinies, mais aussi qu'il y a continuité et non plus rupture entre le divin, la création, le cycle de la vie, de la mort et de la renaissance. Ces prises de conscience n'existent pas dans la société moderne et sont difficiles à comprendre à moins qu'elles ne soient vécues directement par l'intermédiaire du corps chez la femme et par l'intermédiaire de la femme chez l'homme. Il n'y a pas plus de place dans la société d'aujourd'hui pour les danses extatiques et l'expression de la spiritualité par la sexualité et le corps que pour la voix de la prophétie ou de l'oracle. Celle-ci est coupée des facultés que confère la féminité, ainsi que de l'inspiration et de l'empathie qui suscitent développement et compréhension, affranchissement de la peur, de la mort ainsi que l'unité esprit-corps-création et divin.

Les progrès de la femme au sein de l'« univers masculin » se sont réalisés sur le plan intellectuel au détriment de son intelligence et de sa créativité intuitive. Les archétypes et  traditions qui pourraient nous guider en répondant à nos besoins et aptitudes sont absents des nouveaux domaines d'activités professionnelles et d'expériences. D'où l'importance essentielle pour nous de remédier à cette carence et de vivre un développement et une reconnaissance au sein de la société dans le respect de notre être sous toutes ses formes.